Ziyan – Hakan GUNDAY

Le Thème.

Les conditions de vie des militaires turcs, occupant la population kurde.

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Une Citation.

Plus qu’une droite, le temps était une sphère. Une sphère parfaite. Si l’on enterrait suffisamment profond le passé, il surgirait par l’avenir.

L’histoire en quelques mots.

Dans l’Est de la Turquie, les kurdes sont contrôlés par les militaires turcs qui effectuent leur service militaire. On écoute un homme dont nous ignorons le prénom, mais dont nous connaîtrons la moindre pensée, la moindre sensation sur son corps gelé, dans son coeur, la moindre émotion, obsession, ou réflexion qui agite son cerveau embrumé.

Ce que j’en ai pensé.

J’ai trouvé une écriture tranchante, piquante, juste, saisissante, glaciale. Hakan Gunday a un sens de la description et vous fait entrer dans un tourbillon d’images désagréables dont vous n’arrivez pas forcément à vous détacher… au bout de quelques pages.

Au commencement, ce n’est pas sans difficulté au niveau du style d’écriture comme sur le fond. Les premières pages ont été compliquées à suivre pour ma part car je n’avais jamais lu de livres sur la condition même des soldats occupants. Et ce que l’on y lit, nous permet de rendre concrètes le quotidien sur le terrain. Là, vous sentez vos doigts geler, vous sentez le froid sur votre visage, sur votre coeur. Et lorsque vous sentez cet hiver dans le coeur du héros, la solitude au plus profond de son âme, survient cet homme Ziya.

Avec ses mots et ses personnages, Hakan Gunday vous fait plonger dans l’histoire d’hommes et l’Histoire de la Turquie. Vous allez voyager sur un autre territoire, apprendrez l’Histoire d’un autre pays… Des bribes ici et là et avec ce livre, vous pourrez encore affirmer que la littérature est réellement une porte ouverte sur le monde, un professeur hors pair…

Avec ses mots durs et tranchants, explosifs même, vous sentirez la critique du service militaire obligatoire. Parfois implicite, parfois explicite. Hakan Gunday manie le cynisme de façon magistrale. « Nous qui sommes autant soldats que des enfants de cinq ans habillés en commando lisant des poèmes héroïques, nous mourrons pour notre patrie… parce que nous ne savons pas nous battre et que nous n’avons aucun espoir dans la vie! » n’est qu’un bref aperçu. Il y parle de la condition des soldats, de leur recrutement, de leur « confusion psychique » et de cette déshumanisation : « L’armée s’employait à mettre en pièces les rares morceaux de mon moi tenant encore debout »
Si ce livre peut enchanter les anti-militaristes, il peut aussi plaire au camp adverse parce qu’il ne tranche pas dans le vif pour rien. Il part d’un vécu. Il part d’un constat, il amène à la réflexion…

Sa critique de la sacralisation et des gouvernements post-révolutionnaires reste également une pépite dans laquelle on pourrait trouver matière. J’y vois l’immobilité de l’administration, le poids de la bureaucratie. Hakan Gunday y met la force qu’il faut. Le choix des figures de style est étudié, et fin, l’aidant à instiller sa pensée. Et au milieu de ce cynisme, il me semble voir un message qu’il s’adresse, des questions qui font peut-être écho comme s’il s’adressait à son arrière grand-oncle. Un passage fort évocateur est celui-ci :
« Les traces que tu laisses derrière toi te retrouveront un jour et te piétineront. Je n’ai jamais eu de journal, ni de notes. Qui sait ce qu’on a écrit sur moi après ma mort? Plus ils connaissent la vie, plus ils mentent. mais c’est mieux ainsi. Si, comme toi, j’avais eu un cahier, ils auraient connu le son de tous mes pas. Alors que maintenant, ils ne savent rien. Je suis sûr qu’ils n’ont rien compris, ni à moi ni à ma vie. Quelles que soient les choses qu’ils ont écrites sur moi, dans le fond, ils n’y croient pas eux-mêmes. ils n’ont aucune preuve dans les mains. Aucune trace. Pas une feuille de papier. Tu as tort en surestimant les gens, la communication que tu entretiens avec eux. Tu n’es pas obligé d’expliquer quoi que ce soit à quiconque. – Mais j’écris pour moi. Pour me comprendre. Pour jeter un regard en arrière.« 

Je ne souhaite pas en dire plus au risque de révéler une composante de l’histoire mais je souhaite remercier les Editions Galaade pour ce partenariat et feu le site Entrée Livre qui m’ont permis de découvrir cette petite perle qui, je pense, restera un agréable souvenir. Etrange et Intéressant.

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