La Vague – Todd STRASSER

Le Thème.

Embrigadement et Manipulation.

Une Citation.

Vous avez échangez votre liberté contre une pseudo-égalité. Mais cette égalité, vous l’avez transformée en supériorité sur les non-membres. 

L’histoire en quelques mots.

Ben Ross veut faire comprendre à ses élèves comment le nazisme a pu prendre une telle ampleur, avant d’être lui-même pris au piège.

Ce que j’en ai pensé.

Un livre qui ne retient pas l’attention par son style sans particularité mais sur le fond et le sens profond du message. Un livre qui se lit extrêmement rapidement, qui se dévore. Jusqu’où va-t-il aller? Un livre qui me fait penser à la chanson Né en 17 à Leidenstadt de Fredericks-Goldman-Jones : « On saura jamais vraiment ce qu’on a au fond du ventre, ce qui se cache derrière nos apparences ». Le livre aborde chaque attitude, chaque évolution dans un mouvement. Il y a le cliché de la plus intelligente et rédactrice en chef qui « comprend » dès le départ et du bafoué qui trouve sa place dans ce genre de mouvement. Cette idée de la renaissance.
De la même façon, il y a un certain doute sur Ben Ross, on lui fait confiance pour réagir mais au fil du temps, il se laisse happer et finalement il parle lui-même de ce pouvoir qui l’aveugle et lui donne du pouvoir.  Mais comme toujours, une phrase peut dire au fond de nous : J’aurais été parmi les résistants parce qu’il est trop dur de s’imaginer le contraire ou de faire partie des collaborateurs « par défaut », ceux qui pensent pouvoir se retirer à tout moment mais qui ne le font pas…
Savoir que cette histoire est réelle laisse songeur et donne toute son importance. La chute est particulièrement forte et a dû être particulièrement éprouvante pour quiconque l’a vécu. Cette claque. Ce retour à la réalité brutal, bestial. Néanmoins, une chose m’a marqué dans ma réaction face au livre La Vague, mais aussi dans ce que disent les personnes de l’expérience de la Troisième Vague : c’est que l’on trouve ça dingue que ça ait pu marcher alors que cela retrace ce qui a fonctionné et fonctionne encore de nos jours… Pourquoi s’étonne-t-on encore ?

Je vous propose ce lien vidéo pour aller plus loin sur cette expérience :

Plus Haut que la Mer – Francesca MELANDRI

Le Thème.

Rencontrer l’Autre.

Une Citation.

C’est ainsi que Paolo expliquait les choses. C’était simple, au fond. Quand la chose correspond au mot, on fait de l’Histoire. Mais s’il n’y a que le mot, alors c’est de la folie. Ou bien tromperie, mystification. 

L’histoire en quelques mots.

Luisa, femme d’un détenu, rencontre Paolo, père d’un autre détenu, sur l’Île. Et le jour où ils ne peuvent en repartir, ils rencontrent Pierfrancesco, un des surveillants, et Maria-Caterina, sa femme. Plusieurs réalités s’affrontent dans un huis-clos humble et magistral.

Ce que j’en ai pensé.

La quatrième de couverture d’un livre n’a jamais été aussi juste dans les mots choisis : De la grâce et de la subtilité.

Il y a de ces rencontres qui semblent anodines, mais qui par une narration tendre et sensible vous font ressentir énormément de tendresse et d’attachement aux personnes décrites. Sous la plume de Francesca, la fiction semble être une réalité augmentée tellement la caractérisation de ses personnages est approfondie. Il se dégage beaucoup de candeur, de bonté et de bienveillance dans la façon de faire interagir les personnages, dans leurs réactions. J’y ai trouvé aussi des sentiments très violents et de cruelles réalités enveloppées par des mots à la poésie déconcertante.

Ce livre parle d’une prison, l’Île. Mais, habituée aux livres parlant des conditions, j’ai eu l’agréable surprise de le voir aborder un autre angle. Si l’histoire judiciaire des détenus est abordée, il n’en reste pas moins que l’on prend surtout conscience de l’impact de la Prison sur l’entourage. Familles et Agents pénitentiaires se retrouvent dans un huis clos où surgissent leurs failles, leurs faiblesses et leurs peurs mais aussi leurs forces, leurs sensibilités au détour d’une rencontre hasardeuse mais profondément humaine. A travers les paroles et pensées des uns et des autres, c’est une réflexion sur l’éducation, la politique, la morale, le lien d’attachement et la résilience que l’on aperçoit.

Mais aussi et surtout une mise en lumière de la Violence engendrée par le système carcéral dans chacune de ces vies. Sur ce point, je garderai particulièrement en mémoire le dialogue entre Pierfrancesco, le surveillant pénitentiaire, et sa femme. Trois pages de la 185° à la 188° qui parlent de la Peur et de la Perte de Soi.

Le Hasard fait bien les choses, que ce soit la rencontre entre ces personnages ou ma propre rencontre avec ce livre à un moment-clé, choisi par hasard pour un partenariat.

 Un grand merci aux éditions Folio et au forum Livraddict.

Lettre à Ma Mère – Georges SIMENON

Le Thème.

Relation Maternelle.

Une Citation.

Nous sommes deux, mère, à nous regarder; tu m’as mis au monde, je suis sorti de ton ventre, tu m’as donné mon premier lait et pourtant je ne te connais pas plus que tu ne me connais. (…) Pourtant, crois-le, c’est pour effacer les idées fausses que j’ai pu me faire sur toi, pour pénétrer la vérité de ton être et pour t’aimer, que je t’observe, que je rassemble des bribes de souvenirs et que je réfléchis.

L’histoire en quelques mots.

Henriette, la mère de Georges Simenon, est sur le point de mourir. Le romancier quitte alors sa blouse et devient un homme, un fils face à la mort de sa mère.

Ce que j’en ai pensé.

Ce texte recèle une beauté et une tendresse inouïes. Il y a peu, j’ai répondu au Liebster Award Tag, et dans une des questions, on parlait de l’auteur dont l’écriture me touche le plus. Georges Simenon vient de détrôner Jean-Louis Fournier…

Dans mon enfance, je crois que j’ai rayé la bande son de la K7 Vidéo du film Le Chat, réalisé à partir du roman éponyme de Georges Simenon. Je connaissais chaque moment, chaque réplique. Ce film m’a toujours bouleversé par sa justesse, son humanité, par sa noirceur aussi. Quand j’avais 7-8 ans, c’était pour le Chat lui-même. Je pense l’avoir regardé une bonne vingtaine de fois par la suite puis j’ai acheté le DVD dès que ce fut l’époque et je l’ai regardé encore. Je suis fascinée par l’interprétation de Jean Gabin et Simone Signoret. Je ne les vois plus que par ces rôles-là.

Vous allez vous dire que je dévie de ma critique mais après avoir lu Lettre à ma mère, je me trouve dans le même état. Je ressens cette ambiance-là une nouvelle fois, je sens cette écriture intime et douce. J’ai compris que Gabin et Signoret ont sublimé et rendu justice à cette plume que je ne connaissais pas encore. Simenon était uniquement un nom. Ce livre m’a offert plus que ça.

Je ne saurais quoi dire de plus mis à part : 1) Choisissez l’édition du Livre de Poche, augmentée par des dictées post-Ecriture de la Lettre qui donnent une très belle dimension à l’ensemble. 2) Lisez-le. Je ne dis pas que l’on peut s’y reconnaître puisque moi-même, je n’ai pas cette relation avec ma mère. Je crois que ce livre va au-delà de ça. Il aborde le  pardon, la compréhension de cette Mère, si proche et parfois si étrangère. Il parle de cet Amour que l’on ne connaîtra qu’une fois. Il parle de l’humilité et du combat d’une vie. Il parle de beaucoup de choses sensibles. Il est authentique.

Ce devait être une lecture de transition, c’est beaucoup plus que cela…

La Septième Fonction du Langage – Laurent BINET

Le Thème.

Le pouvoir des Mots.

Une Citation.

La vieille dit que c’est toute la beauté du véritable intellectuel : il n’a pas besoin de se vouloir révolutionnaire pour l’être. Il n’a pas besoin d’aimer ni même de connaître le peuple pour le servir. Il est naturellement, nécessairement communiste. 

L’histoire en quelques mots.

Roland Barthes, grand sémiologue, a un accident avec une camionnette à la sortie de son déjeuner avec un François Mitterand en passe de remporter les prochaines élections. Accident ou assassinat ? Le Commissaire Bayard et le maître de conférence linguiste Simon Herzog enquête dans le milieu intellectuel des années 1970-80.

Ce que j’en ai pensé.

Ayant déjà lu HHhH du même auteur, j’ai grandement apprécié de retrouver le style de Laurent Binet, la qualité de son écriture fluide, enthousiaste, drôle, parfois sarcastique mais toujours intelligente. J’ai parfaitement ressenti sa frénésie, sa culture et le produit de recherches que l’on sent passionnées. Il vous embarque avec lui et certaines pages se tournent sans que vous ne vous en rendiez compte. Laurent Binet donne sacrément envie de le voir travailler à un livre, d’en discuter avec lui, de le rencontrer. Il est généreux en informations et en idées. Un vrai plaisir.

Dans ce nouveau livre, vous serez peut-être saisi par des moments de flottements, croulerez sous des montagnes d’allusions où vous sentez qu’un signe imperceptible vient de vous être envoyé, et pourtant vous n’arrivez pas à saisir toute la subtilité par manque de quelque chose : de culture, de lecture, d’intérêt pour la sémiologie, d’années au compteur, de mémoire des personnes mentionnées soit de confrontation au réel. Certains noms me parlent trop vaguement, d’autres non. Vous lisez et relisez les passages, parfois ça passe mieux. Parfois, non. Cela dit, ce qui me rassure tout au long, c’est que je suis accompagnée par le flic Bayard qui ne comprend pas plus de trucs que moi et son acolyte Herzog qui vulgarise certaines notions. Cette dimension humaine et cette mise en scène comique détend un peu cette lecture riche. Par contre, il y a certains passages où l’italien non traduit s’enchaîne et bien que certains mots puissent être compris, la densité est telle que le rythme est cassé.

Un jeu entre réalité et fiction qui fait sourire, qui intrigue avec des personnages que l’on découvre, d’autres que l’on apprend à connaître tout en se posant la question sur la part de vrai et de faux.

Des souvenirs de rediffusion agréables à lire comme la confrontation Balavoine/Miterrand à la télé où l’Artiste s’insurge du temps de parole accordé. Mention qui m’a amené à visionner une nouvelle fois cet extrait et qui nous fait réaliser qu’il y a des problématiques similaires, que le pouvoir des mots est toujours là dans le camp du pouvoir et peu utilisé avec l’intention d’être bienveillant avec son prochain…

Parce que parlons-en, ce livre aborde la disparition d’un document de la plus haute importance. Ce dernier aborderait la septième fonction du langage qui permettrait à celui qui en prend connaissance et acquiert la maîtrise, de prendre le contrôle de son interlocuteur. Et par extension, de tout le monde… Ainsi, Intellectuels et Politiques s’affrontent. Les uns pour la Beauté et la Maîtrise du Verbe. Les autres pour asseoir leur Domination, leur Pouvoir sur autrui.

Et au milieu d’eux, Nous, Lecteurs devenus les marionnettes de Laurent Binet qui a l’air de bien s’amuser à nous balader, à nous titiller, nous faire questionner sur des tas de sujets. Un livre fort intéressant auquel il faut s’accrocher et qu’il faudra peut-être relire plus tard…

Otages Intimes – Jeanne BENAMEUR

Le Thème.

Ressusciter.

Une Citation.

Il a besoin d’un lieu que son corps n’a jamais occupé, comme si ce corps nouveau qui est le sien ne pouvait plus s’arrimer aux anciens repères.

(…)

Il a besoin du silence des mots écrits. L’évidence, elle est là. Il a besoin des mots. Lui qui a rapporté tant d’images qui laissent sans voix il lui faut des mots. Pour tenter de comprendre. Il a besoin de retrouver le sens à sa racine. 

L’histoire en quelques mots.

Etienne était Otage de terroristes. Il revient dans son village d’enfance pour se ressourcer, se retrouver… Mais peut-il réellement revenir à la vie auprès d’Otages d’un autre genre ?

Ce que j’en ai pensé.

Otages dès les premières lignes, nous le sommes comme Etienne. Etouffés et retenus par un style haché qu’il faudra réussir à appréhender. La narration m’a semblé irrégulière avec des passages fluides, d’autres sont plus difficiles et font perdre parfois le fil… Avec le recul, je me demande si ce n’est pas là le reflet du cheminement de toute personne au cours de sa vie finalement? N’y a-t-il pas des moments d’errance et d’autres plus éclairés? Lesquels sont les plus justes? Tous les deux sont nécessaires et il faut laisser leur place aux moments de doute. Ils nous permettront de percevoir notre évolution, les doutes d’aujourd’hui seront des certitudes demain. Au fil du livre et des personnages qui trouvent leurs vérités, le style devient plus fluide. Les descriptions sont sublimes, qu’elles concernent les ambiances, les espaces ou les vides… Ce livre regorge de tournures et citations poignantes que je ne saurais choisir la plus importante pour moi… Voici pour la forme.

Intimes avec des personnages qui révèlent leurs secrets au fur et à mesure et auxquels je pensais ne pas m’attacher mais ce fut beaucoup plus subtil. J’ai été énormément touchée par l’ensemble des cheminements intérieurs, les peurs, les faiblesses, leurs réflexions personnelles et leurs échanges. Leurs liens sont faciles à établir et à suivre. Ce qui les unit et les sépare également. Pourquoi certaines personnes s’isolent du monde et d’autre s’y confrontent violemment? Vous deux vous avez choisi de tremper dans le chaos du monde. Enzo et moi on a choisi la paix. Ni militants ni combattants, engagés dans rien. Juste des gens dans un village, qui vivent. Je ne suis pas une combattante mais je fais ce que je peux pour que la beauté arrive au monde. Alors je le fais et du mieux que je peux. (…) Pourquoi mais pourquoi faut-il que tu retournes à toute cette horreur ? Vivre ne te suffira donc jamais ?

Ma dernière lecture 2015 se résume par terrible, profonde, dramatique, qui prend aux tripes. Comme Jeanne l’écrit, Des émotions de jeune fille dans le coeur d’une vieille dame, c’est un corset trop serré.  Ce n’est pas sans peine que je referme le livre. Je tourne la dernière page et je suis déçue de le quitter avec un sentiment aussi noir. Qu’est ce que l’humanité? Peut on encore avoir de l’espoir après ce livre? Il est tragique. Il est bouleversant et mon coeur se serre. Et je pense à cette phrase : Cette nuit, Etienne cesse de combattre. Les mots qui sont là, en lui, sont simples. Ce sont les mots d’un homme qui sait qu’il n’est rien sans les autres, tous les autres. 

C’est une très belle lecture qui a mis le temps pour s’installer et qui a une résonance particulière, même si son effet est encore difficile à mesurer dans le temps. C’est une lecture difficile et je ne sais combien de fois ce mot m’est apparu dans la chronique avant que je la corrige… Je mets un point d’honneur à vous le dire parce que cette chronique m’a coûté. Je reste sans voix et sans mots. Si bien qu’il me semble que c’est la première chronique où je cite tant de phrases. Et encore, je me régule…

Cependant, je préfère aussi vous le déconseiller si vous êtes dans une période sensible.

Les Hauts de Hurlevent – Emily BRONTË

Le Thème.

Une Passion Destructrice…

Une Citation.

Le monde entier est une terrible collection de témoignages qui me rappellent qu’elle a existé, et que je l’ai perdue! 

L’histoire en quelques mots.

Heathcliff, Enfant recueilli et rejeté, aimé et détesté. Heathcliff, en proie à une passion dévorante qui le mènera à détruire le destin de trois familles.

Ce que j’en ai pensé.

Un vrai Coup de coeur pour ce roman qui m’a surprise de bout en bout. Je ne m’attendais pas du tout à cette claque. J’avais acheté ce classique de la littérature anglaise aux éditions Point2 pour me « pousser » à la découverte en l’emportant partout avec moi. J’ai regardé des sujets sur le roman et là, révélation. Je n’ai pas fait attention au traducteur. J’ai cherché et trouvé un site qui comparait 4 traducteurs il me semble, sur un même passage. L’une d’elles m’a clairement plu pour son ambiance. C’était la traduction de Frédéric Delebecque… et j’ai eu le plaisir de voir que c’était celle que j’avais.

En m’arrêtant quelques instants sur la littérature anglaise, c’était mon premier et je suis subjuguée par sa puissance. J’ai adoré le style d’Emily Brontë, les tournures, les différentes narrations et les émotions qui transparaissent derrière chaque mot si bien que je crains la déception pour Jane Austen ou d’autres soeurs Brontë.

J’ai complètement plongé dans l’écriture que j’ai trouvé très abordable, fluide et pas du tout représentative de ce que j’imaginais pour la littérature anglaise puisque je n’ai justement pas trouvé de côté vieillot.J’ai complètement accroché aux narrateurs que ce soit Hélène/Nelly ou Lockwood. C’était un pur plaisir de les écouter et les imaginer. J’ai aimé leurs partis pris, leurs façons d’interpréter et de s’immiscer dans les évènements. Y compris la particularité de Joseph même si je devais m’y prendre à deux fois pour le comprendre, c’était avec le sourire. J’ai trouvé les envolées lyriques très belles et savouré les descriptions qui m’ont plongé dans un instant présent, très facile à se représenter. J’ai adoré l’ambiance sombre, glauque. Les troubles qui agitent cette famille, leurs tourments… Ce huis-clos est absolument superbe, il ne donne pas envie d’en sortir par la beauté des paysages, le mystère qui entoure les lieux, les histoires. Et puis, je me répète mais je ne souhaitais qu’une chose, retrouver Heathcliff. Je ne pouvais/voulais donc pas m’échapper ! Je me rends vraiment compte à chaque fois que j’écris que c’est plus qu’un coup de coeur pour cet Homme.

J’aime Heathcliff, et mon Coup de Coeur pour ce livre vient particulièrement de sa présence. Je l’ai aimé Enfant, Adulte, Vieillard. Je l’ai aimé Amoureux, Pouilleux, Classe, Vengeur, Sombre, Hanté, Torturé, Manipulateur et Pervers. Par contre, il y a une chose que je n’ai pas aimé : son Absence dans certains passages! donsmofb (37)  (Ce qui fait qu’elle me poussait à continuer pour le retrouver… Et à ralentir ma lecture pour ne pas le quitter.) J’ai aimé toute sa psychologie, tous ses tourments, tout son personnage. Je l’ai trouvé profondément sincère et touchant dans son amour pour Catherine (La réciproque étant fausse pour moi) J’ai été remarquablement retournée par sa présence, son emprise, par le fait qu’il arrive à faire pendre le chien d’Isabelle par elle-même. Et puis son attraction qui fait que même si elle le déteste, elle le sauve. Il est puissamment fort et attractif. Et… Je n’ai pas supporté de savoir qu’il allait mourir sur la fin, mais le savoir errant, heureux et amoureux me ravit. Il est là quelque part.  

Et une Merveilleuse lecture pour moi en cette année 2015.

La Disparition de Philip S. – Ulrike EDSCHMID

Le Thème.

Le Terrorisme, ennemi de l’Amour.

Une Citation.

Je ne pouvais pas alors imaginer que là, sur cette terrasse ensoleillée, en silence et en secret, il avait déjà commencer à s’éloigner, se détachant d’abord des objets, avant d’apprendre à quitter aussi les personnes.

L’histoire en quelques mots.

Hors du temps, une histoire d’amour voit le jour entre deux êtres sensibles : Ulrike, mère célibataire et Philip. La réalité les rattrape malgré eux : le pays traverse alors une période sombre où la violence sociale règne… Nous sommes en Allemagne, à la fin des années 1960 et c’est le début des Années de Plomb.

Ce que j’en ai pensé.

De courts chapitres 3 pages et 1/2 environ, voilà ce qui fera a priori, un roman entraînant et facile à lire.
C’était sans compter son sujet passionnant.

Dès le début, vous entrez dans le vif du sujet avec la mort suite à une fusillade. Sur le sol, gisent des corps. Tracée sur le pavé, une ligne de craie blanche isole déjà son corps du monde des vivants. Les mots sont posés. Elégants, froids et distants aussi.

Si Philip est mort, il n’en est pas pour autant absent du récit. Hormis le titre bien sûr, il est , entre chaque mot. Ulrike partage les moindres détails. Elle nous peint le portrait d’un jeune homme généreux, méticuleux, soigneux, artiste aussi. Brimé dans sa famille par rapport à ses ambitions, il n’y a aucune place pour l’émotion dans sa famille, ni pour l’art. Lui, l’homme des images, ne possède aucune photo de son passé, aucun portrait de lui enfant ou adolescent. Un vide émotionnel qui semble contaminer le récit. En effet, le style est déroutant, découpé, haché et dénué de chaleur humaine. Un doute me saisit. Est-ce vraiment une histoire vraie? Comment peut-elle être aussi détachée de l’homme qu’elle dit avoir aimé ?

La lecture se poursuit entre apports culturels et historiques intéressants. Je me vois noter des passages pour poursuivre mes recherches par la suite. Philip est un homme qui a appartenu à l’Académie du Film dans le Berlin-Ouest. Il recherchait l’esthétique, une expérimentation dans les films plus qu’un outil de propagande. Son absence d’intérêt pour la politique est notable. De nouvelles habitudes puis des détails sont disséminés ici et là, toujours de façon méticuleuse dans la vie de Philip et le quotidien du couple.

Un évènement surgit. C’est l’escalade dans leur vie comme dans le récit, tout s’affole. Si tout leur échappe, Ulrike nous embarque sans problème dans leur course effrénée. L’acharnement de la police, la manipulation des autres qui empruntent des affaires pour réaliser des actes illégaux et en font des pièces à conviction, les actes de révolte, les relations qui changent… Et au centre, leur couple perdure et s’unit dans cette spirale infernale : ils sont tous deux traqués, emprisonnés.

Soudain seule, dans sa geôle, nous sentons la peine d’Ulrike, l’envie de retrouver son enfant. L’isolement fait son travail. Ce repli sur soi face à la radicalisation de son compagnon divise le récit et le couple. A leur sortie, Ulrike assiste à sa disparition dans la douleur et la souffrance. Elle est dans l’incapacité de le retenir : il a choisi de partir et rien ne semble l’arrêter, même pas cet enfant qu’il aimait et éduquait comme le sien. Il orchestre ainsi scrupuleusement leur séparation. Doucement, il efface sa présence, son passé, sa vie, leur relation…

La froideur apparente de la contextualisation du début n’est plus qu’un souvenir car les émotions sont bien vives, même 40 ans après. Les questions de son « étonnant » détachement trouvent leurs réponses au fur et à mesure. Jusqu’à la couverture du livre elle-même, qui prend tout son sens au fil du récit.

Aussi, lorsque je débutais cette chronique en écrivant qu’il était a priori facile à lire, à présent que vous avez lu ma chronique, je dirais donc qu’il est facile à décrypter certes, mais il ne faut pas y voir un synonyme de légèreté : il est puissant et laisse un sacré souvenir.

Ce roman de la souffrance de l’entourage des terroristes nous offre une très belle intensité.

Je remercie énormément les Editions Piranha de m’avoir fait parvenir ce roman qui est une très, très belle surprise…

 

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Le Jeu des Ombres – Louise ERDRICH

Le Thème.

Les violences intra-familiales.

Une Citation.

Pourquoi suis-je incapable de revenir aux sentiments que j’éprouvais au début? Tocade, soudaine attirance, sont en partie une fièvre superficielle, un manque de connaissance. Tomber amoureux, c’est aussi tomber dans l’état de connaissance. L’amour durable survient quand nous aimons la majeure partie de ce que nous apprenons sur l’autre, et sommes capable de tolérer les défauts qu’il ne peut changer.

L’histoire en quelques mots.

Irene, Gil et leurs trois enfants, Florian, Riel, Stoney ont un problème : les violences intra-familiales.

Ce que j’en ai pensé.

 Gil est peintre, Irène écrivain. Ils ont trois enfants. Irene a souvent servi de modèle à son mari. Trop souvent, sans doute. Irene tient son journal intime dans un agenda rouge. Lorsqu’elle découvre que Gil le lit, elle décide d’en rédiger un autre, un carnet bleu qu’elle met en lieu sûr et dans lequel elle livre sa vérité. Elle continue néanmoins à écrire dans l’agenda rouge, qui lui sert à manipuler son unique lecteur. Une guerre psychologique commence. En faisant alterner les journaux d’Irene et un récit à la troisième personne, Louise Erdrich témoigne, une fois de plus, d’une prodigieuse maîtrise narrative.

Un résumé plus que prometteur à mes yeux. Je m’attendais à une alternance des deux journaux intimes. Il n’en est rien. Cet aspect est sous-développé. Si l’agenda « public » est utilisé, le récit à la troisième personne est clairement préféré au carnet intime, brisant l’intérêt pour la construction du livre.

Soit, trouvons un autre intérêt. La culture amérindienne. Hormis le rapport aux représentations des Indiens qui entraîne une perte de vitalité, des références à Catlin et certaines anecdotes, on nous perd facilement entre toutes les filiations, les différents groupes. Une succession de mots qui ne mène à rien de plus.

Soit, trouvons un autre intérêt encore. Dès le début du livre, le thème des violences intra-familiales est abordée. Tout se met en place rapidement. Alcoolisme maternel, violences paternelles. Des enfants qui vont du petit génie hypersensible à l’autre qui se noie lui aussi dans l’alcool, en passant par la fille intelligente et combative, tout y est. Les incohérences aussi. Irene sait que Gil lit son journal intime, il en vient même à dire des phrases exactes et, elle ne réagit pas. Rien. Avant même que sa stratégie ne soit élaborée, elle reste de marbre et ne réagit pas. Le manque de réalisme dans certaines situations est cruel. Un autre point à noter : le brouillard sur les intentions. Quand certains récits vous entraînent dans une spirale élaborée avec une montée de tension, un suspense à couper le souffle, ici vous tournez tellement en rond que vous en devenez malade. Où l’auteur souhaite vous embarquer? Je ne cherche plus.

L’intérêt s’émousse d’autant plus que les dialogues n’ont pas de mise en forme propre et manquent de naturel, que l’on passe entre les écrits d’Irene, l’omniscient et les dialogues souvent sans transition, que les détails et les longueurs sont légion. Par contre, si vous ne savez pas dire/écrire/lire le mot Kitsch, vous aurez le loisir sur trois pages et 1/2 de le voir 21 fois. 21 fois. Même le comique de répétition ne fonctionne pas dans ce cas-là. Et lorsque Riel part dans ses rêveries apocalyptiques, cela mobilise 4 pages. Oui, au bout d’un moment, il n’y a plus que ça à faire, compter les pages.

Parlons-en de cette fin. L’histoire se répartir en six parties, extrêmement mal équilibrées. Lorsque les deux premières parties regorgent de longueurs qui n’apporte rien au récit, les quatre dernières parties ne dépassent pas les dix pages chacune. Bousculée et bâclée, j’y ai trouvé un seul avantage : que ce livre s’achève enfin. 

Si ce livre offrait de multiples pistes comme les violences intra-familiales, la dépendance amoureuse, les sentiments qui s’émoussent, les relations parent-enfant dans ce contexte, la culture amérindienne confrontée à de tels fléaux, la perte d’identité dans nos cultures occidentales, aucune n’a été suivie et exploitée, de façon subtile et engagée, sans tomber dans des clichés.

Zen – Maxence FERMINE

Le Thème.

Ordonner sa vie…

Une Citation.

« Le zen est une voie d’authenticité et d’éveil. Un état d’esprit. Basé sur le relâchement, la concentration et la médiattion. Pour y parvenir, il est nécessaire d’entretenir son corps et de cultiver son esprit. Retrouver la notion de geste naturel. Rester vrai. » Un temps. Puis cette dernière phrase. Absolue et nécessaire. « C’est le seul chemin à suivre pour connaître la plénitude »

L’histoire en quelques mots.

Un maître de la calligraphie vit sa vie, tranquille et apaisante. Jusqu’à ce qu’un grain de sable vienne se glisser dans son quotidien…

Ce que j’en ai pensé.

En trois heures à peine, ses chapitres courts et efficaces m’ont guidé à travers l’art de vivre d’un maître de Calligraphie. Les premiers chapitres défilent à vue d’oeil. Economie des mots et traces de poésie, j’y ai vu beaucoup de contemplation, et de cet art de l’infiniment peu. J’ai souvent pensé aux haïkus à travers des moments de poésie contemplative, comme des clichés photographiques décrits en si peu de mots.

J’ai pu apprendre quelques aspects aussi de cette culture et maîtrise, les dieux et déesses. A dire vrai, pendant 15 chapitres soit 30 pages, nous avons le temps de découvrir cette culture car il ne se passe rien de plus. Est-ce un peu trop long ? Est-ce le temps nécessaire? J’y trouve comme une petite incohérence. L’économie de mot dans ce roman me pousse à le dévorer et à vouloir connaître ce que nous promet le résumé. Or, le dévorer, c’est un peu contradictoire avec la philosophie abordée, celle de profiter de l’instant présent, d’être dans l’ici et maintenant. Par ailleurs, le livre en étant économe, ne me permet pas de m’arrêter sur des phrases ou des pensées. En fait, rien ne me surprend dans ce livre. Rien ne m’arrête. Pas même le fond, largement prévisible… Si la lecture fut agréable parce que légère et fluide, je m’en détacherais aussi facilement que j’ai eu d’aisance à le lire. En ça, le souvenir restera un avis mitigé. Fondamentalement, il n’est pas mauvais, mais il ne me laisse rien. Pas même un sourire.

Je remercie néanmoins Livraddict et les Editions Albin Michel pour ce partenariat car je souhaitais découvrir l’écriture de Maxence Fermine. Je ne m’arrêterais pas sur ce premier avis, et lirais le Neige qui a tant plu.

L’Arrache-Coeur – Boris VIAN

Le Thème.

Faut-il tout analyser ?

Une Citation.

On ne reste pas parce qu’on aime certaines personnes; on s’en va parce qu’on en déteste d’autres. Il n’y a que le moche qui vous fasse agir. On est lâches.

L’histoire en quelques mots.

Un psychiatre à la recherche de psychanalyse intégrale, s’installe dans un village où il aura de quoi faire entre l’analyse d’un chat, d’une mère de triplés qu’elle étouffe, d’un père qui prend la fuite sur un bateau construit de ses propres mains sans aucune connaissance.

Ce que j’en ai pensé.

Le style Vian. Pour ma première fois, c’est un peu écorché vif avec un sens des formules, parfois brutales, souvent symboliques, rarement anodines dans leur forme notamment avec les jeux de mots ou sur leur portée. Les personnages sont savoureux parce que profondément étranges, détestables aussi pour certains. En tout cas, les traits poussés à l’extrême ne laissent pas indifférents. C’est vivifiant. C’est absurde et ça ne laisse que peu de repos à l’âme.

Au niveau des propos, il y a des réflexions pertinentes sur la Liberté notamment à savoir si c’est l’absence de désir ou au contraire, la profusion de choix qui permet d’être libre. Dans un autre passage, il s’agit de la Gloire qui dilapide la honte en achetant la tranquillité de la conscience.

Tout ceci était prometteur.

Puis le départ d’un des personnages, Angel, marque un tournant. Le style s’essouffle parce qu’il devient redondant. Le fond de l’histoire me paraît dénué d’intérêt par rapport au propos initial, la recherche sur l’inconscient. Ainsi, il ne me reste que les échanges entre le psychiatre et la mère qui partagent autour de l’éducation, la protection excessive, pour y trouver un peu de plaisir… En dehors de cela, le texte me met mal à l’aise et je n’ai pas encore identifié la raison.

J’achève donc cette lecture sur une note négative, mais lui accorde tout de même un avis mitigé par rapport à cette première partie appréciée.