La Vague – Todd STRASSER

Le Thème.

Embrigadement et Manipulation.

Une Citation.

Vous avez échangez votre liberté contre une pseudo-égalité. Mais cette égalité, vous l’avez transformée en supériorité sur les non-membres. 

L’histoire en quelques mots.

Ben Ross veut faire comprendre à ses élèves comment le nazisme a pu prendre une telle ampleur, avant d’être lui-même pris au piège.

Ce que j’en ai pensé.

Un livre qui ne retient pas l’attention par son style sans particularité mais sur le fond et le sens profond du message. Un livre qui se lit extrêmement rapidement, qui se dévore. Jusqu’où va-t-il aller? Un livre qui me fait penser à la chanson Né en 17 à Leidenstadt de Fredericks-Goldman-Jones : « On saura jamais vraiment ce qu’on a au fond du ventre, ce qui se cache derrière nos apparences ». Le livre aborde chaque attitude, chaque évolution dans un mouvement. Il y a le cliché de la plus intelligente et rédactrice en chef qui « comprend » dès le départ et du bafoué qui trouve sa place dans ce genre de mouvement. Cette idée de la renaissance.
De la même façon, il y a un certain doute sur Ben Ross, on lui fait confiance pour réagir mais au fil du temps, il se laisse happer et finalement il parle lui-même de ce pouvoir qui l’aveugle et lui donne du pouvoir.  Mais comme toujours, une phrase peut dire au fond de nous : J’aurais été parmi les résistants parce qu’il est trop dur de s’imaginer le contraire ou de faire partie des collaborateurs « par défaut », ceux qui pensent pouvoir se retirer à tout moment mais qui ne le font pas…
Savoir que cette histoire est réelle laisse songeur et donne toute son importance. La chute est particulièrement forte et a dû être particulièrement éprouvante pour quiconque l’a vécu. Cette claque. Ce retour à la réalité brutal, bestial. Néanmoins, une chose m’a marqué dans ma réaction face au livre La Vague, mais aussi dans ce que disent les personnes de l’expérience de la Troisième Vague : c’est que l’on trouve ça dingue que ça ait pu marcher alors que cela retrace ce qui a fonctionné et fonctionne encore de nos jours… Pourquoi s’étonne-t-on encore ?

Je vous propose ce lien vidéo pour aller plus loin sur cette expérience :

Maus – Art SPIEGELMAN

Le Thème.

Transmettre l’Histoire.

Une Citation.

Anja, mâche ça. – Tu as trouvé à manger ? – Non, c’est du bois, mais mâcher, ça donne un peu l’impression de manger. 

L’histoire en quelques mots.

Art dessine les souvenirs de son père, Vladek. Celui-ci a connu les ghettos et les camps de concentration. Il en est ressorti… Vivant ?

Ce que j’en ai pensé.

Cette bande dessinée est un coup de poing.Un dessin vaut mieux que cent discours, entend-on parfois et même si Art Spiegelman écrit dans une de ses bulles : Combien de livres ont déjà été écrits sur l’Holocauste. A quoi bon? Les gens n’ont pas changé… Peut-être leur faut-il un nouvel Holocauste, plus important. Il n’en reste pas moins que ce livre-là transmet énormément de choses (et si peu à la fois).

Un tracé sans fioritures à observer, une personnification des animaux à appréhender, une construction de phrases à laquelle on s’habitue, et une fois entamée, on ne peut que plonger la tête la première dans cette sombre BD.

Il nous parle de la vie dans les Ghettos, de la tension de chaque instant, de la méfiance envers son prochain, de la trahison de ses proches et de la bonté de parfaits inconnus.

Il nous parle des conditions de vie dans les Camps, des paroles qui sont réconfortantes sur le moment mais paraissent profondément horribles a posteriori, des instants d’Espoir et de profond désespoir, des magouilles et de la chance.

Si Vladek parle de tout ça et que c’est déjà intense, Art nous transmet bien d’autres choses encore. Il ne dessine pas que les souvenirs racontés par son père, mais aussi le contexte dans lequel il le fait, les évènements de la vie quotidienne qui viennent interférer, ses propres doutes et questionnements. Il partage son vécu, la relation difficile à son père et ses traits caricaturaux qu’il retranscrit avec une sensation de honte. N’est-il pas lui-même en train de propager des idées reçues ? Ces mêmes idées qui ont servi de prétexte pour enfermer et exterminer des personnes? Art nous parle également des fantômes de sa mère, de son grand frère qu’il n’a pas connu et tant d’autres. Art SPIEGELMAN nous parle de cette culpabilité de vivre quand d’autres sont morts. Et c’est dur.

Prochaine lecture BD : MetaMaus du même dessinateur.

Le joueur d’échecs – Stefan ZWEIG

Le Thème.

Résister à l’envahisseur.

Une Citation.

Les monomaniaques de tout poil, les gens qui sont possédés par une seule idée m’ont toujours spécialement intrigué, car plus un esprit se limite, plus il touche par ailleurs à l’infini.

L’histoire en quelques mots.

Un homme est retenu prisonnier par les nazis pour lui soutirer des informations. Placé dans un dénuement le plus complet, le jeu d’échec se présentera comme une solution pour s’évader… Des années plus tard, il se raconte à un inconnu dans des circonstances particulières.

Ce que j’en ai pensé.

L’histoire se met en place par un procédé narratif intéressant. Il faut attendre qu’un inconnu aborde deux personnes sur un bateau avant d’approcher notre ex-prisonnier. Si l’histoire se concentre sur ce dernier, il est à noter que Zweig nous livre deux beaux portraits, sans compter celui du narrateur curieux. Les personnalités sont travaillées, réalistes et non moins intéressantes.
Par la suite, l’intérêt réside autant dans l’aspect historique que dans la montée de tension, et ce même si l’on croit connaître le destin du joueur…

Le temps passe sans se faire prier grâce à une écriture douce, fluide et simple, où les phrases dessinent dans difficultés, les décors et personnages. N’ayant jamais eu d’initiation au jeu d’échec, le passage sur le jeu a été pour moi l’occasion de saisir la passion du prisonnier plus qu’à chercher à comprendre les subtilités des règles.

Ce livre a un format idéal, sans manque ni excès. Et surtout, cette lecture est une parfaite introduction. Elle initie sans aucun doute l’envie de lire une autre œuvre de Stefan Zweig!

L’ami retrouvé – Fred UHLMAN

Le Thème.

L’amitié, au dessus de tout ?

Une Citation.

La politique était l’affaire des adultes et nous avions nos propres problèmes à résoudre. Et celui que nous trouvions le plus urgent était d’apprendre à faire de la vie le meilleur usage possible, indépendamment de découvrir le sens de la vie, si tant est qu’elle en eût un, et quelle serait la condition humaine dans cet effrayant et incommensurable cosmos. C’était là des questions d’une réelle et éternelle importance, beaucoup plus essentielles pour nous que l’existence de personnages aussi éphémères et ridicules que Hitler et Mussolini.

L’histoire en quelques mots.

Dans les années 1930, Une amitié se lie entre deux jeunes adolescents. Hans Schwarz est issu d’une famille modeste et juive, et Conrad von Hohenfels, héritier d’une illustre famille, chez qui la photo d’Hitler trône sur la table de chevet. Devant la montée du fascisme, leurs valeurs sont ébranlées. Leur amitié aussi. Mais a-t-elle réellement existé?

Ce que j’en ai pensé.

Une relecture récente il y a quelques jours, m’a permis de plonger en peu de temps dans cette histoire qui avait marqué mon adolescence. J’y ai retrouvé la beauté des paysages, délicatement peints. Le romantisme émane à chaque phrase. Et tout en ignorant ce à quoi certains noms allemands renvoient réellement, vous êtes projetés dans le décor. Les ambiances y sont transposées magnifiquement et se déroulent presque sous nos yeux comme ces vieilles photos sepias. Ceci probablement parce que Fred Uhlman a écrit comme s’il peignait une de ses œuvres.

Quant aux émotions adolescentes, elles sont décrites subtilement avec cette relation entre les deux adolescents. Tendrement ébauchée, la passion émane entre les lignes l’exclusivité et la peur de perdre l’autre aussi. En somme, nous sommes face au portrait d’une amitié exclusive. Jusqu’à ce que le nazisme ne soit plus un crayonné mais s’insinue et prenne possession de leur quotidien. Une vraie tâche d’huile.

Le livre aborde la confrontation des idéaux, espoirs et valeurs de deux amis. Et finalement, le fait qu’une passion commune pour la collection de pièces rares n’arrive pas à éviter la séparation de deux cœurs.

Ce roman est émouvant, en peu de mots. C’est une œuvre tendre et pudique.

La Voleuse de Livres – Markus ZUSAK

Le Thème.

Vivre en faisant partie du Pays Oppresseur.

ZUSAK, Markus - La Voleuse de Livres

Une Citation.

Je suis hantée par les Humains. La Mort

L’histoire en quelques mots.

Une époque. La Deuxième Guerre Mondiale. Un pays. L’Allemagne. Une narratrice. La Mort.
La Mort n’accorde que très peu d’importance aux humains… Faut dire qu’elle a du boulot à cette période. Elle est là pour récupérer dans ses bras, les âmes perdues. Elle n’a pas le temps de se rappeler de personnes en particulier. La Mort est Froide. Son discours est aussi froid et cynique qu’elle.
Et puis, vint Liesel, une incorrigible amoureuse des livres.
Elle la croise à plusieurs reprises, mais ne s’en rendra pas compte tout de suite. Elle rassemblera des souvenirs. Et puis elle tissera ses liens avec d’autres personnes qu’elle a emporté…

Ce que j’en ai pensé.

Si l’on peut se perdre un peu au début, ne pas tout comprendre avec cette impression de passer à côté du livre, laissez-vous porter… L’enchantement opère au fil des lignes, et des encarts si étranges au premier abord. Et lorsque le puzzle commence à se mettre en place, vous êtes déjà plongé.
Je n’ai pas eu le temps de dire quoique ce soit que la dernière page se tournait déjà.
Et j’en redemandais. Je lisais donc les premiers chapitres à nouveau. Et dans les phrases ici et là, des clins d’oeil, des allusions que j’arrive à comprendre. Un deuxième émerveillement. Cela reste une belle ode aux sentiments humains, à ce qui nous rend si vulnérables et si forts en même temps.

C’était le premier livre que je lisais sur la Seconde Guerre Mondiale du côté allemand, ou en tout cas dont je me souviens. Et depuis, j’entends toujours en fond une douce mélodie… Né en 17 à Leidenstadt. Et si nous avions été à leur place…

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HHhH – Laurent BINET

Le Thème.

Être fidèle à l’Histoire, le combat d’un écrivain.

BINET, Laurent - HHHH

Une Citation.

240 J’écris peut-être ce livre pour leur faire comprendre qu’ils se trompent.

L’histoire en quelques mots.

Prague, 1942. Gabcik, Kubis et le guetteur Valcik commettent un acte historique, un attentat contre Reinhard(t) Heydrich, « l’homme le plus dangereux du III°Reich », le « bourreau de Prague », la « bête blonde » et tant de surnoms pour celui qui fut le chef de la Gestapo, des services secrets nazis, le planificateur de la Solution finale. Mais comme tout évènement, il y a un avant, un contexte. Laurent Binet organise votre rencontre avec ces quatre personnes et tant d’autres qui ont joué dans leur destin, de près ou de loin. Il y a l’instant présent, les tensions, les émotions qui débordent et, comme tout évènement, il y a un après. Ceux qui restent, ceux qui survivent, ceux qui vivront dans les mémoires et ceux que l’on oubliera inexorablement…

Laurent Binet a effectué un remarquable travail de documentation et vous livre l’Histoire avec ses mots, veillant à ce que la fiction ne s’en mêle pas…

Ce que j’en ai pensé.

J’ai adoré ce livre. Je suis plutôt passionnée/intriguée par cette époque qu’est la Seconde Guerre Mondiale, et avec ce livre, on peut dire que j’en ai appris énormément. Sur la résistance Tchécoslovaque, sur Heydrich aussi que je n’avais jamais trop eu l’occasion de repérer dans les films alors qu’il a été l’Instigateur de la Solution Finale, de beaucoup de sordides choses, d’horreurs. Le fait que sa mort a engendré le massacre du village de Lidice, et que ce sont ces retombées médiatiques de cette extermination qui a fait basculer l’opinion publique en défaveur de l’Allemagne nazie. Bon nombre de pays se sont alors positionnés. Si auparavant ils fermaient les yeux, c’en était fini. Et lire tout ça, c’est à la fois effroyable et intéressant par les détails sur les mécanismes politiques, psychologiques.

Laurent Binet livre un deuxième combat : Il veut écrire un récit le plus fidèle possible à l’Histoire et si au début, il se sent fort de ça et peut se demander comment d’autres écrits ne sont pas aussi fidèles que lui, ou inventent des détails ici et là. Il cède parfois, se reprend quelques paragraphes plus tard. En fait, il faudrait presque voir ce livre comme le journal de bord d’un écrivain qui veut raconter l’Histoire et est confronté à ses propres démons. Il n’a pas supprimé des gens parce que cela lui amenait du travail en plus, il n’a pas renommé des gens pour plus de facilité. J’avoue m’être parfois perdue entre les « Moravec »… Mais en tenant bon, un petit peu plus longtemps, les Humains prennent leur place.

Et si l’émotion semblait absente dans le début, la fin en est sacrément touchante avec ses mots humbles, simples. Je dis « semblait » parce qu’on dirait qu’il amasse des informations historiques, mais regardez-bien, il s’agace, se met en colère, déplore certaines choses. Ce qui a un moment m’a moi-même, agacé parce qu’un de ses jugements était hâtif et trop facile a posteriori. Mais avec le recul, je me rends surtout compte que ce livre, Laurent Binet l’a écrit avec ses tripes. Il l’a vécu au plus profond. Si bien qu’il parle aux personnes qui habitent son écrit, à ces hommes qui s’en sont voulu d’avoir tué Heydrich après le massacre du village de Lidice et si bien qu’il écrit son désir de les « réhabiliter » en quelque sorte, que les fantômes puisse lire qu’ils ont fait ce qui était juste, ils ont résisté à l’Inhumanité en mettant hors d’état de nuire, une machine à tuer.

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