Otages Intimes – Jeanne BENAMEUR

Le Thème.

Ressusciter.

Une Citation.

Il a besoin d’un lieu que son corps n’a jamais occupé, comme si ce corps nouveau qui est le sien ne pouvait plus s’arrimer aux anciens repères.

(…)

Il a besoin du silence des mots écrits. L’évidence, elle est là. Il a besoin des mots. Lui qui a rapporté tant d’images qui laissent sans voix il lui faut des mots. Pour tenter de comprendre. Il a besoin de retrouver le sens à sa racine. 

L’histoire en quelques mots.

Etienne était Otage de terroristes. Il revient dans son village d’enfance pour se ressourcer, se retrouver… Mais peut-il réellement revenir à la vie auprès d’Otages d’un autre genre ?

Ce que j’en ai pensé.

Otages dès les premières lignes, nous le sommes comme Etienne. Etouffés et retenus par un style haché qu’il faudra réussir à appréhender. La narration m’a semblé irrégulière avec des passages fluides, d’autres sont plus difficiles et font perdre parfois le fil… Avec le recul, je me demande si ce n’est pas là le reflet du cheminement de toute personne au cours de sa vie finalement? N’y a-t-il pas des moments d’errance et d’autres plus éclairés? Lesquels sont les plus justes? Tous les deux sont nécessaires et il faut laisser leur place aux moments de doute. Ils nous permettront de percevoir notre évolution, les doutes d’aujourd’hui seront des certitudes demain. Au fil du livre et des personnages qui trouvent leurs vérités, le style devient plus fluide. Les descriptions sont sublimes, qu’elles concernent les ambiances, les espaces ou les vides… Ce livre regorge de tournures et citations poignantes que je ne saurais choisir la plus importante pour moi… Voici pour la forme.

Intimes avec des personnages qui révèlent leurs secrets au fur et à mesure et auxquels je pensais ne pas m’attacher mais ce fut beaucoup plus subtil. J’ai été énormément touchée par l’ensemble des cheminements intérieurs, les peurs, les faiblesses, leurs réflexions personnelles et leurs échanges. Leurs liens sont faciles à établir et à suivre. Ce qui les unit et les sépare également. Pourquoi certaines personnes s’isolent du monde et d’autre s’y confrontent violemment? Vous deux vous avez choisi de tremper dans le chaos du monde. Enzo et moi on a choisi la paix. Ni militants ni combattants, engagés dans rien. Juste des gens dans un village, qui vivent. Je ne suis pas une combattante mais je fais ce que je peux pour que la beauté arrive au monde. Alors je le fais et du mieux que je peux. (…) Pourquoi mais pourquoi faut-il que tu retournes à toute cette horreur ? Vivre ne te suffira donc jamais ?

Ma dernière lecture 2015 se résume par terrible, profonde, dramatique, qui prend aux tripes. Comme Jeanne l’écrit, Des émotions de jeune fille dans le coeur d’une vieille dame, c’est un corset trop serré.  Ce n’est pas sans peine que je referme le livre. Je tourne la dernière page et je suis déçue de le quitter avec un sentiment aussi noir. Qu’est ce que l’humanité? Peut on encore avoir de l’espoir après ce livre? Il est tragique. Il est bouleversant et mon coeur se serre. Et je pense à cette phrase : Cette nuit, Etienne cesse de combattre. Les mots qui sont là, en lui, sont simples. Ce sont les mots d’un homme qui sait qu’il n’est rien sans les autres, tous les autres. 

C’est une très belle lecture qui a mis le temps pour s’installer et qui a une résonance particulière, même si son effet est encore difficile à mesurer dans le temps. C’est une lecture difficile et je ne sais combien de fois ce mot m’est apparu dans la chronique avant que je la corrige… Je mets un point d’honneur à vous le dire parce que cette chronique m’a coûté. Je reste sans voix et sans mots. Si bien qu’il me semble que c’est la première chronique où je cite tant de phrases. Et encore, je me régule…

Cependant, je préfère aussi vous le déconseiller si vous êtes dans une période sensible.

Zen – Maxence FERMINE

Le Thème.

Ordonner sa vie…

Une Citation.

« Le zen est une voie d’authenticité et d’éveil. Un état d’esprit. Basé sur le relâchement, la concentration et la médiattion. Pour y parvenir, il est nécessaire d’entretenir son corps et de cultiver son esprit. Retrouver la notion de geste naturel. Rester vrai. » Un temps. Puis cette dernière phrase. Absolue et nécessaire. « C’est le seul chemin à suivre pour connaître la plénitude »

L’histoire en quelques mots.

Un maître de la calligraphie vit sa vie, tranquille et apaisante. Jusqu’à ce qu’un grain de sable vienne se glisser dans son quotidien…

Ce que j’en ai pensé.

En trois heures à peine, ses chapitres courts et efficaces m’ont guidé à travers l’art de vivre d’un maître de Calligraphie. Les premiers chapitres défilent à vue d’oeil. Economie des mots et traces de poésie, j’y ai vu beaucoup de contemplation, et de cet art de l’infiniment peu. J’ai souvent pensé aux haïkus à travers des moments de poésie contemplative, comme des clichés photographiques décrits en si peu de mots.

J’ai pu apprendre quelques aspects aussi de cette culture et maîtrise, les dieux et déesses. A dire vrai, pendant 15 chapitres soit 30 pages, nous avons le temps de découvrir cette culture car il ne se passe rien de plus. Est-ce un peu trop long ? Est-ce le temps nécessaire? J’y trouve comme une petite incohérence. L’économie de mot dans ce roman me pousse à le dévorer et à vouloir connaître ce que nous promet le résumé. Or, le dévorer, c’est un peu contradictoire avec la philosophie abordée, celle de profiter de l’instant présent, d’être dans l’ici et maintenant. Par ailleurs, le livre en étant économe, ne me permet pas de m’arrêter sur des phrases ou des pensées. En fait, rien ne me surprend dans ce livre. Rien ne m’arrête. Pas même le fond, largement prévisible… Si la lecture fut agréable parce que légère et fluide, je m’en détacherais aussi facilement que j’ai eu d’aisance à le lire. En ça, le souvenir restera un avis mitigé. Fondamentalement, il n’est pas mauvais, mais il ne me laisse rien. Pas même un sourire.

Je remercie néanmoins Livraddict et les Editions Albin Michel pour ce partenariat car je souhaitais découvrir l’écriture de Maxence Fermine. Je ne m’arrêterais pas sur ce premier avis, et lirais le Neige qui a tant plu.

Et il me parla de cerisiers, de poussières et d’une montagne… – Antoine PAJE

Le Thème

Les peurs, maîtresses de nos vies.

PAJE, Antoine - Et il me parla de cerisiers, de poussières et d'une montagne

Une citation.

Ta vie est importante ? C’est vrai, mais la mienne aussi. Peut-être que tu ne sais pas où tu veux aller, mais moi, je sais, et je sais où je n’irais plus. Je sais que je marche sur mes deux jambes. Tu ne peux pas me faire ramper, je ne sais plus comment on fait puisque je n’ai plus peur.

L’histoire en quelques mots.

Paul ne pense sa vie qu’en terme de réussite matérielle. Paul ne sait pas encore qu’il va, au fil des rencontres, comprendre que ce qui le dirige, n’est pas sa volonté, son pouvoir apparent ou autre mais ses Peurs. Les fausses, les vraies aussi.

Ce que j’en ai pensé.

Avant même d’ouvrir le livre, le conte initiatique émane de sa couverture, de son résumé… Et effectivement, les phrases mélodieuses sont bien là où on les attend, les mots sont harmonieux entre eux. Malheureusement, je ne perçois cette beauté que dans certains passages. Notamment la rencontre avec Zach. Elle est la plus belle rencontre, la plus humaine, la plus tendre de ce livre. La plus parlante aussi, celle qui me permettra de partager ce livre avec un jeune révolté. La plume glisse, le style est doux et réellement poétique. Cette façon d’écrire se retrouve aussi à la fin lorsque le narrateur vit en pleine conscience ce qu’il a appris, comme si l’auteur écrivait vraiment avec son cœur dans ces moments-là.

Or, ces passages constituent le tiers du livre peut-être… Le reste du livre est assez mal servi, au rythme des répétitions, des longueurs et de clichés matérialistes. Est-ce le mode de narration choisi, puisque ce livre est écrit a posteriori, qui provoque cet effet ? Peut-être bien. Cela est d’autant plus dommageable que cela n’apporte pas grand chose au récit. Au contraire. Le narrateur semble plus hautain encore, méprisant envers celui qu’il était. Un message que je trouve hasardeux puisqu’à mon sens, nous n’avons pas à avoir honte de celui que nous étions. Nous en avons forcément quelque chose à apprendre.

En peu de temps, en peu de mots, ce livre perd de sa beauté.

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Beignets de Tomates Vertes – Fannie FLAGG

Un thème.

Vivre en Alabama dans les années 1930, au coeur de la Ségrégation raciale.

FLAGG, Fannie - Beignets de Tomates Vertes

Une citation.

Je suis trop jeune pour être vieille et trop vieille pour être jeune. Je n’ai de place nulle part.

L’histoire en quelques mots.

Virginia Threadgoode, surnommée Ninnie, quatre-vingt six ans, vit au cœur de Rose Terrace, une maison de repos. Elle y rencontre Evelyn. Ou plutôt est-ce Evelyn qui fait sa rencontre. La torturée Evelyn qui se libérera au fil du temps, au fur et à mesure qu’elle fera connaissance avec toutes ces personnes vivant à Whistle Stop au travers de plusieurs anecdotes, certaines savoureuses d’autres plus tristes mais toutes profondément humaines.

Ce que j’en ai pensé.

La richesse de ce livre réside dans sa forme. L’écrivain a choisi d’écrire en parallèle les faits sur trois plans. Cela devient un plaisir de connaître ce que Ninnie sait et partage avec beaucoup de générosité et de tendresse. C’est un régal de lire la chronique hebdomadaire de Dot Weems, qui travaille à la poste et écrit les cancans, ou taquine publiquement son mari Wilbur. Et c’est aussi un délice que d’avoir un point de vue omniscient pour que notre curiosité sur les faits réels soit satisfaite.

Chacun de ces modes de narration sont à leur manière, essentiels. Ils créent du lien entre chaque personnage, événement ou lieu. Ainsi, nous nageons entre ce que Ninnie a ressenti, ce que de notre côté, on espère, croit, imagine et la Réalité. Une Réalité parfois beaucoup plus belle, drôle, émouvante… Je ne souhaite pas en dire plus pour ne pas gâcher les petites surprises à ceux qui souhaiteraient le lire.

Cette lecture fut un réel plaisir et je n’ai pas vu le temps passer. Une chose que je regrette? L’avoir en livre électronique et ne pas pouvoir revenir en arrière aussi facilement qu’avec du papier. Ne pas pouvoir revenir lire ces petites phrases qui marquent et touchent… Et parce que j’ai eu du mal à choisir, voici deux autres phrases de la bouche de Ninnie.

Après ça, quand je suis rentrée chez moi, j’ai dit à mon amie Mrs. Otis qu’il ne nous restait plus qu’à attendre de claquer… Elle m’a répliqué qu’elle préférait dire « s’éteindre ». La pauvre, je n’ai pas eu le coeur de lui dire qu’on n’était pas des lumières et que, de toute façon, péter les plombs, s’éteindre ou claquer, c’était du pareil au même.

Et une dernière pour vous faire craquer sur son parlé.

Je crois que les pauvres gens sont de bonnes gens, sauf ceux qui sont méchants… Et ils seraient méchants même s’ils étaient riches.

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Le Magasin des Suicides – Jean TEULE

Le Thème.

Le Bonheur, difficilement admis dans nos chaumières…

TEULE, Jean - Le Magasin des Suicides 2

Une citation.

A tous, il leur manque Alan comme il manque un sens à l’existence.

L’histoire en quelques mots.

Vous avez raté votre vie? Avec nous, vous réussirez votre mort!

Voici la phrase d’accroche du magasin Tuvache. Une entreprise familiale qui vous pousse vers la mort, sans pouvoir se la donner elle-même dans un univers bien déprimant, morose et sombre… En tout cas, jusqu’à ce qu’Alan, le petit dernier ne naisse avec le sourire et la Joie de vivre.

Ce que j’en ai pensé.

Un livre que j’avais depuis un moment dans mon livre électronique. Un livre que je voulais lire pour le thème. Et puis, j’ai vu l’auteur à la télé. Son passage m’en avait dissuadé. Quelque chose me dérangeait sans trop savoir quoi. Quelques temps après le sujet choisi du Magasin des Suicides me sourit toujours, tout comme Alan, le petit dernier de la famille Tuvache.

Au niveau de la narration, j’ai l’impression de l’entendre parler à la télé avec ce même phrasé particulier. Et au fil des mots, des répétitions qui use le ridicule. Un humour que je trouve forcé, bâclé, et tiré par les cheveux. Non dans le sujet mais dans la narration elle-même, dans le choix des mots. Le plaisir aurait été que cela ne soit pas perçu comme absurde mais justement que cela apparaisse naturel pour que l’impact soit encore plus marquant, percutant. Des passages sont peu agréables à lire, entre longueurs et tournures alambiquées, et ce durant les 122 pages.

Toutefois, j’aime l’idée qui émerge de ce livre : Le bonheur est difficile à accueillir…Nous préférons nous plaindre, râler, rester dans la complainte. Le bonheur peut être tout aussi difficile à accepter lorsqu’on le voit chez les autres, et qu’on a l’impression que la vie ne nous sourit pas.

Face à la famille, aux journaux télévisés, à l’ambiance morose, au commando-suicide où il est envoyé, le bonheur d’Alan est explosif, chantant mais aussi subtil, doux, caché dans de petites attentions, des sourires, des compliments… Il fait face à la solitude, la hargne, l’enfermement des membres de sa famille. Il met mal à l’aise les gens autour. Les clients aussi. Il rayonne et finit pas réchauffer le coeur de ceux qu’il croise…

Je me demandais comment le tout s’achèverait. Jean Teulé choisit de nous laisser imaginer la suite d’une façon particulière… Je vous dirais que pour 122 pages, vous pourrez le découvrir bien assez « vite ». En tout cas, cette fin est plus philosophique et plus belle que l’adaptation cinématographique… Le film en a perdu tout son sens à mon avis. C’est un choix de fin digne d’un conte merveilleux, et c’est bien dommage…

Si la lecture n’a pas été spécialement agréable sur le moment pour ma part, je sais que ce livre me marquera d’où un sourire satisfait…

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