Au bout du tunnel…

Idée directrice : Juliette vient tout juste d’avoir 30 ans. Un incident va bouleverser sa vie. A vous décider, va-t-elle être heureuse ou va-t-elle souffrir a la suite de ça?


 

Je m’appelle Juliette. J’ai trente ans. Ceci est mon testament.

Quoique je n’ai pas grand chose à léguer en fait. Quoique je ne connais pas l’aspect légal de la chose. Y’a bien un appartement, une voiture et deux ou trois babioles, mais le lot est forcément attribué à mon conjoint. Mon conjoint qui pourra récupérer ma part, ma place pour pouvoir faire siéger un jour prochain, son élue du moment… Elle attendait sagement dans l’ombre. Mais la fin est proche. Voilà une semaine que je suis passée de l’autre côté. Que je suis passée au placard. Vous savez ce placard où l’on range les choses qui ne servent qu’à l’occasion. Ce placard que l’on ouvre lorsque l’on n’a rien à faire d’autres et que l’on fait mentalement la liste des options qui s’offrent à nous. On ouvre ce placard, et l’on choisit. Voilà, où je suis maintenant. En fait, cela fait six mois que j’y suis dans ce placard, mais à peine une semaine que je le sais. Je ne sais pas ce qui est le pire. Être une option et s’en rendre compte, ou bien être une option et l’ignorer. Je ne sais pas quel état je préfère. Aucun des deux probablement… Mais, il n’y a pas de deuxième scénario possible. Non.

Ainsi, dans ce testament, je pourrais y laisser toutes ces autres choses qui ne sont pas matérielles. Ce qui faisaient de moi ce que j’étais. Ce qui fait de moi, ce que je suis devenue. Ces mêmes choses qui ne me retiennent même plus à la vie. Autant de choses qui peuvent paraître si stupides pour des yeux extérieurs. Sauf que je m’en fous, je ne laisserais qu’une part de sensibilité en héritage à ceux qui liront ces quelques lignes. Peu m’importe ce que vous garderez comme image de moi en fait, je sais ce que moi j’ai envie de vous laisser.

Chaque jour, je choisissais ce masque de circonstance. Vous savez, celui avec un grand sourire. Celui que vous surnommiez « Le rayon de soleil ». Vous voyez, ça vous parle. Vous le revoyez ce visage. Chaque jour, je l’appliquais soigneusement et ne l’enlevais qu’une fois à l’abri de vos regards. Certains ont cru apercevoir des ombres sur mon visage. L’espace d’un instant, une micro-seconde, vous pensiez percevoir ce voile. L’instant d’après, je vous persuadais du contraire. Toutes les excuses étaient bonnes, et il faut bien avouer que, si je n’ai jamais fait de théâtre, je pouvais être une excellente comédienne… Une professionnelle de l’apparence. J’ai connu suffisamment de personnes et d’émotions, j’ai assez observé les personnes autour de moi pour y capter ce trait d’expression, cette phrase, ce tic. Toutes ces choses pour rendre mon personnage convaincant, pur et vrai, à vos yeux en tout cas. J’ai su vous manipuler. Oui. C’est dur à encaisser cette phrase hein… Je choisissais ces moments d’apparente fragilité. Je choisissais leur durée, leur impact, et la façon de m’en sortir pour que vous soyez admiratif de cette force. Tout cela dans un but. Dans un seul but. Vous manipuler pour que vous ne vous rendiez jamais compte du moment où je sombrerais vraiment. Et personne ne pourrait me retenir. Je vous assènerais un coup magistral. Vous iriez tous de votre petite anecdote, de votre ressenti. Vous analyseriez la moindre de mes paroles, le moindre geste. Vous pensiez peut-être me connaître mais vous vous retrouvez là, surpris, décontenancé peut-être.

Mais là, par la présente, vous vous rendrez simplement compte que j’ai toujours été fragile, brisée, fêlée et que vous n’aviez aucune maitrise, aucune idée de ce qu’il s’y passait. Vous pensiez que vos sourires ou vos paroles, étaient réconfortants. Je vous en donnai l’illusion et vous vous sentiez ragaillardi, vous vous sentiez important, bienveillant et votre estime fleurissait un peu plus. Vous vous faisiez du bien et n’était-ce pas ce qu’il comptait en fait? Il n’en était rien. Ce n’était que des pansements. Mais vous ne pouvez pas vous en vouloir, j’étais consciente de ce que je faisais. Je m’enterrais. Je creusais minutieusement ma tombe. Et tout ce qui s’est passé ces derniers temps sont simplement les meilleurs coups de pelle. Mis à part, que je les ai reçu sur la nuque. Au point exact où la tête rejoint le corps. Au point exact où les rêves se confrontent à la réalité.

Je croyais en beaucoup de choses. Non parce que c’est bien de le dire, parce que cela paraît optimiste. Non je croyais vraiment profondément en la bonté, je faisais une confiance aveugle en l’Homme. J’étais convaincue que nous pouvions tous rendre quelques personnes heureuses et que cela contaminerait le reste du monde. J’en ai fait mon métier. J’en ai fait l’essence de ma vie. Je me suis lancée à corps et à coeur perdu dans ces valeurs. Je les ai investies au plus profond de moi-même. J’ai fait ce pour quoi j’étais née. Cela tourne un peu mystique vous direz. Mais cela n’a rien à voir. Aucune entité ne m’a insufflé cela, je l’ai juste senti depuis très longtemps. J’ai juste senti que je voulais guider les personnes pour qu’elles avancent vers le chemin qui était le leur. Qu’elles se libèrent de fardeau, qu’elles vivent leur vie pleinement. J’aurais aimé savoir que quelqu’un pensait à moi quelque part, que j’avais changé le cours de son existence. C’est égoïste, n’est ce pas? Mais, je crois que j’aurais eu besoin de me dire que je n’étais pas venue sur terre pour rien et que j’avais fait un peu de bien. Mais il est trop tard pour tout ça. J’aurais aimé savoir que quelqu’un regrettait de me laisser partir. J’aurais aimé beaucoup de choses.

J’aurais aimé ne pas devenir une option dans le coeur et dans les yeux de celui que j’aime. Celui en qui j’avais une confiance aveugle, celui dont je connais les souffrances, celui avec qui je partageais bien plus qu’avec n’importe qui. Un amour, un ami, un amant. Il était tout à la fois. Je dépendais de lui. Il était mon dernier rempart. Il ne le sait pas, je n’ai jamais voulu mettre une telle pression à quelqu’un. Surtout pas à lui. Enfermer l’être que j’aime, aurait été la pire chose pour moi qui souhaitait libérer autrui. Alors, j’ai mis un pansement sur chaque coup de lame qu’il pouvait m’infliger. Des lames aiguisées mais anarchiques. Ses propres colères, destructrices pour lui autant que pour moi. Dans les grands et petits moments, mais toujours avec moi. L’on me disait qu’il était apaisé avec tel ou tel autre pote. Il n’était pas plus apaisé avec les autres, non. C’est juste qu’il savait que les autres ne recevraient pas ses colères autant que moi, ne les accepteraient pas. Alors il mettait un pansement lui aussi, et l’arrachait avec moi. Les autres filles peuvent bien lui prendre du temps, peuvent bien goûter à ses lèvres, voler des parties de son coeur. Elles ignorent la souffrance qu’il a au fond de lui. Il n’en a même pas conscience, il refuse ce que je lui dis. Il a raison. Ce n’est pas à moi de lui dire. Tout ce que je voulais, c’était son bonheur.

Mais pas au point d’accepter qu’il me trompe… Pas au point d’accepter d’être trahie par Lui. J’ai perdu ce que j’avais de plus cher. La confiance. J’ai perdu ce qui soude, j’ai perdu ce qui me caractérise. La confiance. La foi. Je suis comme écorchée vive, j’ai perdu mon essence. J’ai perdu ce que j’étais. Et je peux enfin faire tomber ce masque. Il n’y a plus d’image, il n’y a plus de profondeur. Il n’y a plus rien et je n’aurais pas besoin de me justifier, je n’aurais pas besoin de répondre à vos coups de fil, je n’aurais pas besoin de répondre à vos messages. Vous n’imaginez pas le soulagement que je ressens. Vous n’imaginez pas le bien-être qui m’envahit. Je suis libre de tout ça. Je vole enfin vers d’autres cieux. Je m’échappe enfin de cette carcasse trop petite pour moi. J’ai l’impression d’être John Coffey, en moins imposante, en moins colorée aussi, en moins masculine. Ces derniers évènements ne me rendent plus malheureuse, ils me permettent de faire un choix. Le seul qui me rend heureuse. Au bout du tunnel, la lumière blanche m’attend et m’attire…

J’aurais dû commencer par une autre formule. Un deuxième essai tant que je peux encore.

Je m’appelle Juliette. J’ai trente ans. Ceci est ma lettre d’Adieu.

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