La Putain et le Sociologue – Albertine & Daniel WELZER-LANG

Thème

Quand je serais grande, je prendrais soin des autres…

Une citation

Je produis du plaisir de la jouissance, de l’orgasme, donc de la détente et du bien-être

Le Livre en quelques mots

Albertine, escorte de luxe. Daniel, sociologue. Un duo qui fait réfléchir sur le travail du sexe, ses mutations, ses particularités et ses analogies avec des métiers reconnus.

Ce que j’en ai pensé.

Dès le début, grâce à une introduction nécessaire, nous connaissons les deux interlocuteurs, la façon dont ils ont construit leur relation en dehors et à travers ce livre. Les intentions, les modalités, le genre d’attraction qui s’exerce entre eux aussi. Et vous pouvez d’ores et déjà mettre de côté une hypothétique relation charnelle. Oui, ils l’abordent. Dans cette introduction, à la place de non-dits, de doutes ou de suspicions, se trouvent les bases d’une communication réelle. Et cela portera ses fruits tout au long de cet échange.

Albertine et Daniel partagent des valeurs et n’hésitent pas à se positionner franchement notamment par rapport aux Moralisateurs et à la notion de travail, au mariage et au positionnement catholique comme dans ce passage :  Depuis que l’Eglise catholique adhère officiellement au féminisme, elle fait des violences faites aux femmes son leitmotiv pour dénoncer les pratiques sociales contraires à sa morale. (…) Si l’on suit cette logique – l’interdiction des pratiques sociales qui contribuent aux violences sexistes-, on aimerait entendre ces entrepreneurs de morale réclamer : L’interdiction du mariage ou de la vie de couple, contextes dans lesquels s’exercent principalement les violences faites aux femmes : une femme sur vingt a été violentée physiquement dans les douze derniers mois. Une femme meurt sous les coups de son compagnon tous les deux jours et demi. (P77-78)

Là ou les sociologues s’arrêtent à un état des lieux comme le dit Daniel, « Les sociologues osent rarement dépasser cette remarque. On constate la lacune, on la signale au passage… Et cela s’arrête là. Au mieux, le texte publié décrit de manière ethnographique quelques situations, comme je l’ai fait dans La planète échangiste. » (P125), Albertine y pose des mots réels et crus, non crus comme on peut l’entendre, mais justes, factuels et techniques. Les émotions dans tout ça, vous me direz? Elles ont aussi toute leur place, là réside la force de son écrit. Il y a d’ailleurs une très belle analyse de Daniel quant à la pudeur, la gêne et le désir qui s’invite.

Albertine nous parle de son métier et de tout ce qu’elle mobilise : l’Amour du corps, des techniques sexuelles et du bien-être, un sens prononcé de la psychologie avec une écoute de l’autre, une communication essentielle mais aussi des règles à respecter, un cadre défini, des droits et devoirs, des compétences et des prestations en fonction, les moments appréciés, l’épanouissement personnels et les tâches plus compliquées à effectuer comme dans tout métier finalement. Tout ce qu’elle aborde dans sa réalité, permet de distancer si ce n’est tous, au moins une bonne partie des préjugés. Tout dépend du nombre de préjugés avec lesquels nous entamons cette lecture…

Certain(e)s d’entre nous peuvent être dérouté(e)s par certaines analogies. Prenons un exemple :

Traditionnellement, les femmes étaient censées s’oublier pour s’occuper de l’autre (mari, l’amant), l’aider et le satisfaire. Cette vision évolue de nos jours vers un modèle plus égalitaire. De fait, il semble qu’au moins dans un premier temps, avant que l’habitus ne reprenne le dessus, femmes et hommes s’écoutent, essaient d’accorder leurs désirs aux possibilités, à l’état physique, mental et érotique de l’autre.
Pour Albertine, la problématique est plus simple en professionnelle devant offrir un service de luxe, il lui faut prendre en charge, rassurer, accompagner, aider, soigner le client. Cette dimension émotionnelle entre en ligne de compte dans d’autres métiers typiquement considérés comme naturellement féminins : caissières de supermarché, infirmières, etc. C’est un travail invisible, en général non valorisé et non payé comme tel. Pour l’escorte de luxe, il fait sciemment partie de la prestation, sans doute de manière centrale.

Et un deuxième :

En empruntant à l’anglais, nous avons pris l’habitude de distinguer deux facettes du soin : le cure et le care. La première indique des pratiques pouvant assez facilement être décrites, la seconde une attention ou une sollicitude envers la personne concernée. En santé, la première vise la maladie, la seconde le malade.

Le premier passage est issu du livre (P137), le dernier passage d’un colloque Le soin aujourd’hui : questions vitales et textes clés, qui s’est déroulé le 23 janvier 2015, et dont parle cet article sur le site Infirmiers.com. A savoir que des débats ont déjà lieu sur le métier d’assistante sexuelle pour les personnes en situation de handicap, interdit en France. Pour aller plus loin, vous pouvez poursuivre avec cet article sur ce sujet, ainsi que des lettres officielles pour défendre cette activité.

Albertine soulève donc cette notion du bien-être et de l’importance de la sexualité. Et si vous rencontrez des difficultés à l’aborder en tant que travail, elle propose une autre interprétation avec élégance : « Je suis en quelque sorte une faiseuse d’orgasme, idée qui me plaît bien. Je donne à avoir des orgasmes à mes partenaires et à moi-même. Il s’agit néanmoins d’une production, artisanale certes, mais une production. Peut-être devrions-nous d’ailleurs envisager le travail du sexe comme une production de jouissance dans un monde tellement préoccupé à produire quelque chose. Je produis du plaisir de la jouissance, de l’orgasme, donc de la détente et du bien-être. » (P141 et P150)

Si l’on parle de la notion de vie professionnelle, il faut donc aborder la vie personnelle. L’impact sur la vie privée d’un travailleur du sexe est non négligeable. Se sentir obligé de définir ses amoureux comme n’étant pas des clients, comme si l’on ne pouvait pas lui attribuer des relations non tarifées en dehors de son travail… En tout cas, c’est ce que la loi fait, en menaçant tout compagnon de proxénétisme. La femme publique n’a pas le droit au privé, à l’intime. L’activité peut être acceptable socialement si elle est présentée comme passagère et nécessaire pour payer des études hautement plus « glorieuses », mais s’y investir est vouloir en vivre devient honteux, révélant une sorte de manque d’ambition ou de perversion car, comment peut-on monnayer son corps ?

C’est ce que je tenterais d’éclaircir dans mes lectures suivantes, avec Le corps et l’argent de Ruwen OGIEN, et Prostitution et dignité de Norbert CAMPAGNA, édités aux mêmes éditions. La Putain et le Sociologue est une collaboration riche en questionnement, en éclaircissement. Une ouverture d’esprit et un regard critique sur un sujet tabou, voici ce qu’on y trouve…

Je remercie les Editions de la Musardine et le forum Au coeur de l’Imaginarium d’avoir proposé ce partenariat lu en une journée…

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Le Jeu des Ombres – Louise ERDRICH

Le Thème.

Les violences intra-familiales.

Une Citation.

Pourquoi suis-je incapable de revenir aux sentiments que j’éprouvais au début? Tocade, soudaine attirance, sont en partie une fièvre superficielle, un manque de connaissance. Tomber amoureux, c’est aussi tomber dans l’état de connaissance. L’amour durable survient quand nous aimons la majeure partie de ce que nous apprenons sur l’autre, et sommes capable de tolérer les défauts qu’il ne peut changer.

L’histoire en quelques mots.

Irene, Gil et leurs trois enfants, Florian, Riel, Stoney ont un problème : les violences intra-familiales.

Ce que j’en ai pensé.

 Gil est peintre, Irène écrivain. Ils ont trois enfants. Irene a souvent servi de modèle à son mari. Trop souvent, sans doute. Irene tient son journal intime dans un agenda rouge. Lorsqu’elle découvre que Gil le lit, elle décide d’en rédiger un autre, un carnet bleu qu’elle met en lieu sûr et dans lequel elle livre sa vérité. Elle continue néanmoins à écrire dans l’agenda rouge, qui lui sert à manipuler son unique lecteur. Une guerre psychologique commence. En faisant alterner les journaux d’Irene et un récit à la troisième personne, Louise Erdrich témoigne, une fois de plus, d’une prodigieuse maîtrise narrative.

Un résumé plus que prometteur à mes yeux. Je m’attendais à une alternance des deux journaux intimes. Il n’en est rien. Cet aspect est sous-développé. Si l’agenda « public » est utilisé, le récit à la troisième personne est clairement préféré au carnet intime, brisant l’intérêt pour la construction du livre.

Soit, trouvons un autre intérêt. La culture amérindienne. Hormis le rapport aux représentations des Indiens qui entraîne une perte de vitalité, des références à Catlin et certaines anecdotes, on nous perd facilement entre toutes les filiations, les différents groupes. Une succession de mots qui ne mène à rien de plus.

Soit, trouvons un autre intérêt encore. Dès le début du livre, le thème des violences intra-familiales est abordée. Tout se met en place rapidement. Alcoolisme maternel, violences paternelles. Des enfants qui vont du petit génie hypersensible à l’autre qui se noie lui aussi dans l’alcool, en passant par la fille intelligente et combative, tout y est. Les incohérences aussi. Irene sait que Gil lit son journal intime, il en vient même à dire des phrases exactes et, elle ne réagit pas. Rien. Avant même que sa stratégie ne soit élaborée, elle reste de marbre et ne réagit pas. Le manque de réalisme dans certaines situations est cruel. Un autre point à noter : le brouillard sur les intentions. Quand certains récits vous entraînent dans une spirale élaborée avec une montée de tension, un suspense à couper le souffle, ici vous tournez tellement en rond que vous en devenez malade. Où l’auteur souhaite vous embarquer? Je ne cherche plus.

L’intérêt s’émousse d’autant plus que les dialogues n’ont pas de mise en forme propre et manquent de naturel, que l’on passe entre les écrits d’Irene, l’omniscient et les dialogues souvent sans transition, que les détails et les longueurs sont légion. Par contre, si vous ne savez pas dire/écrire/lire le mot Kitsch, vous aurez le loisir sur trois pages et 1/2 de le voir 21 fois. 21 fois. Même le comique de répétition ne fonctionne pas dans ce cas-là. Et lorsque Riel part dans ses rêveries apocalyptiques, cela mobilise 4 pages. Oui, au bout d’un moment, il n’y a plus que ça à faire, compter les pages.

Parlons-en de cette fin. L’histoire se répartir en six parties, extrêmement mal équilibrées. Lorsque les deux premières parties regorgent de longueurs qui n’apporte rien au récit, les quatre dernières parties ne dépassent pas les dix pages chacune. Bousculée et bâclée, j’y ai trouvé un seul avantage : que ce livre s’achève enfin. 

Si ce livre offrait de multiples pistes comme les violences intra-familiales, la dépendance amoureuse, les sentiments qui s’émoussent, les relations parent-enfant dans ce contexte, la culture amérindienne confrontée à de tels fléaux, la perte d’identité dans nos cultures occidentales, aucune n’a été suivie et exploitée, de façon subtile et engagée, sans tomber dans des clichés.

Zen – Maxence FERMINE

Le Thème.

Ordonner sa vie…

Une Citation.

« Le zen est une voie d’authenticité et d’éveil. Un état d’esprit. Basé sur le relâchement, la concentration et la médiattion. Pour y parvenir, il est nécessaire d’entretenir son corps et de cultiver son esprit. Retrouver la notion de geste naturel. Rester vrai. » Un temps. Puis cette dernière phrase. Absolue et nécessaire. « C’est le seul chemin à suivre pour connaître la plénitude »

L’histoire en quelques mots.

Un maître de la calligraphie vit sa vie, tranquille et apaisante. Jusqu’à ce qu’un grain de sable vienne se glisser dans son quotidien…

Ce que j’en ai pensé.

En trois heures à peine, ses chapitres courts et efficaces m’ont guidé à travers l’art de vivre d’un maître de Calligraphie. Les premiers chapitres défilent à vue d’oeil. Economie des mots et traces de poésie, j’y ai vu beaucoup de contemplation, et de cet art de l’infiniment peu. J’ai souvent pensé aux haïkus à travers des moments de poésie contemplative, comme des clichés photographiques décrits en si peu de mots.

J’ai pu apprendre quelques aspects aussi de cette culture et maîtrise, les dieux et déesses. A dire vrai, pendant 15 chapitres soit 30 pages, nous avons le temps de découvrir cette culture car il ne se passe rien de plus. Est-ce un peu trop long ? Est-ce le temps nécessaire? J’y trouve comme une petite incohérence. L’économie de mot dans ce roman me pousse à le dévorer et à vouloir connaître ce que nous promet le résumé. Or, le dévorer, c’est un peu contradictoire avec la philosophie abordée, celle de profiter de l’instant présent, d’être dans l’ici et maintenant. Par ailleurs, le livre en étant économe, ne me permet pas de m’arrêter sur des phrases ou des pensées. En fait, rien ne me surprend dans ce livre. Rien ne m’arrête. Pas même le fond, largement prévisible… Si la lecture fut agréable parce que légère et fluide, je m’en détacherais aussi facilement que j’ai eu d’aisance à le lire. En ça, le souvenir restera un avis mitigé. Fondamentalement, il n’est pas mauvais, mais il ne me laisse rien. Pas même un sourire.

Je remercie néanmoins Livraddict et les Editions Albin Michel pour ce partenariat car je souhaitais découvrir l’écriture de Maxence Fermine. Je ne m’arrêterais pas sur ce premier avis, et lirais le Neige qui a tant plu.

Amour et Eternité – CKSCHMITT

Le Thème.

Deuil d’un amour.

Une Citation.

Il y a différentes façon de crier. Le cri muet que l’on tente de faire jaillir de nos entrailles lorsque le cauchemar est trop horrible. Le cri strident que l’on jette par la surprise ou la peur instinctive. Enfin, le cri latent, presque sourd qui reste accroché aux tripes longtemps, comme un discours d’agonie.

L’histoire en quelques mots.

Une histoire d’amour où la Passion transparaît à chaque phrase. Epistolaire et sacrée au début, elle en deviendra charnelle…

Ce que j’en ai pensé.

C’est avec plaisir que j’ai postulé pour ce partenariat ayant déjà lu Le Grand Ecart du même auteur. Je connaissais son écriture et son attache à créer, avec un enchaînement de textes apparemment non liés, une histoire de fond. Ce que j’ai retrouvé ici.

L’alternance des narrateurs nous entraîne dans les pensées des deux amants donnant ainsi du rythme, entre un romantisme féminin et une vision de l’homme plus virile, quoiqu’un peu cliché. Pour autant, il m’a fallu un petit laps de temps pour comprendre le jeu des deux narrateurs parce que l’auteur entretient ce flou en n’identifiant pas réellement les personnages. Dans la même veine, malgré une beauté certaine et un côté vaporeux, insaisissable, les phrases appellent une deuxième lecture pour en saisir l’objet et cela ralentit forcément l’avancée. Dans mes lectures, j’apprécie la poésie mais j’aime aussi saisir un sens de façon quasi-instantanée ce que je lis , quitte à trouver un sens plus profond lors d’une seconde lecture. Or là, je devais relire pour comprendre le sens premier.

Par contre, avec l’évolution de l’histoire d’amour, le style s’affermit, se précise et devient plus fluide. Les narrateurs prennent corps, prennent vie (même quand ils la perdent). Ils se matérialisent enfin sous nos yeux. L’aérien et l’abstrait dans le texte le Souffle d’air, (Dont le champ lexical pour un parallèle entre la météo dévastatrice et des sentiments tout aussi destructeurs est délicieux) sont délaissés pour des sensations et du concret au moyen d’un objet : le Cahier Vert qui scelle la mort, et la Passion par la même occasion. A partir de là, les mots sonnent justes et les phrases sont saisissantes dès la première lecture. Ce qui rend la puissance des sentiments plus forts encore.

La plus belle fin pour une histoire d’amour, c’est un accident, et c’est à l’Eternité d’en prendre un coup : les narrateurs sont bousculés dans leurs espoirs avec la mort de l’un des deux. Leur amour est éternel mais pas de la façon qu’ils souhaitaient. Le texte prend une nouvelle tournure. Plus terrienne, plus concrète, plus désespérée aussi mais toujours poétique. La tristesse est palpable, et le retour dans la vie se fait subtilement. A ce titre, le passage sur la leçon de krav-maga peut sembler terre-à-terre si on la lit simplement mais regorge de sens philosophique sur le fait d’appréhender la vie, de se relever et de se battre. Ce qui pour moi, laisse une note plutôt positive du recueil.

Je dis plutôt positive car une question subsiste : Quel est l’intérêt de « L’école de la mauvaise vie« ? En dehors de l’histoire aisée à comprendre, sa place dans le recueil est plus floue. Je suppose qu’il s’agit de Viktor qui parle et le recueil souhaite montrer de quelle façon l’amour a pu le sauver du mauvais engrenage. Pour autant, mon interprétation semble tellement approximative que finalement, ce flou plane sur le texte et confirme son éloignement du reste du recueil.

Je remercie le forum Au Coeur de l’Imaginarium et CKSchmitt pour cet intermède poétique…

Les Filles bien n’avalent pas – Marie MINELLI

Thème

La sexualité au Féminin

Une citation

Les femmes sont comme des miroirs, elles réfléchissent mais ne pensent pas. Arthur Schopenhauer est comme un appareil photo bas de gamme : il produit des clichés tout pourris.

Le Livre en quelques mots

Des idées reçues à envoyer valser

Ce que j’en ai pensé.

Dès la réception, j’avais ouvert au hasard pour avoir une première idée de ce livre au format agréable et à la couverture sobre et sympa. Je suis tombée sur l’Idée reçue 14. Un humour savamment dosé. Du sarcasme. J’ai souri franchement et me suis dit que si le livre maintenait ce rythme, ça allait me plaire. J’ai donc repris le livre à partir du début pour les besoins de la critique et ne pas passer à côté de quelque chose par trop d’allers-retours.

Dès l’introduction, Marie MINELLI vous titille, vous pique, vous fait esquisser encore un sourire parce que les choses écrites ont toutes été entendues un jour ou l’autre. Oui, le conditionnement est vraiment bien installé dans la Société!
Par la suite, ce sont 35 idées qui sont détaillées. La majorité de ces 35 idées sont décrites au moyen d’un texte léger, sarcastique, et agrémenté de petit bonus variables d’une idée à une autre : Témoignages, Sondages, Etudes Scientifiques, Graphiques, Tableaux, Top-list, Photo re-visitée, Références Musicales ou Cinématographiques, Citations célèbres et re-visitées aussi…

Dans ces 35 idées reçues, vous trouverez plusieurs thèmes :

– La relation Homme/ Femme en dehors du Sexe : le Romantisme face au Machisme (trop souvent confondue avec la Virilité), la Violence conjugale (Et même si ce n’est pas le propos du livre, je trouve intelligent d’y glisser un petit mot sérieux à ce sujet), les Inconnus deux heures avant (ou moins) et la rencontre avec le Prince Charmant, la Drague de rue (On ne confond pas avec le harcèlement!), le Pouvoir.
– L’accession au plaisir : la Masturbation (avec ou sans utilisation du Porno), les Préliminaires (ou leur absence!), le Cunnilingus (Cunnilinctus d’ailleurs si on s’en réfère au Dictionnaire des Fantasmes et Perversions de la Musardine), la Fellation, la Sodomie, l’Ejaculation faciale, la Spermophilie. (Parce que les filles bien n’avalent pas et ne parlent pas mal non plus… Enfin on en reparlera à la fin du livre)
– Les Fantasmes : Ses Potes, Lesbianisme, le Lieu (surtout celui à éviter)
– Les Attributs : Odeurs, Beauté et Mannequinat, Epilation, Taille du Pénis, le Clitoris,
– Ce qui refroidit Monsieur : la Grossesse, la Ménopause, les Règles,… (mais qui n’empêche pas Madame d’avoir des envies sexuelles!) et les Excuses qu’on peut utiliser pour le glacer instantanément (Idée 30)
– Divers : Gynécologue et Pilule, Performances décrites aux copines, la Maniaquerie, le Féminisme.
– Et ceux dont la présence m’ont paru étrange, incongrue : la Bouffe (Idée 22 : Un essoufflement dans l’humour, l’inspiration ou dans la lecture peut-être? En tout cas, aucun sourire particulier à la lecture), la Jeune Femme Musulmane (Idée 31 : Pourquoi une religion particulièrement mise en avant dans le texte et les témoignages, même s’il est à noter que les autres religions sont citées à la fin du texte, j’aurais joué sur le multi-culturalisme dès le début), la Moto (Idée 32 : Je me pose la même question que pour l’Idée 22, un essoufflement ou alors y avait-il un nombre d’idées à atteindre particulièrement ? Ceci permettant l’émergence d’idées reçues pas réellement investies car trop peu agrémentées de bonus)

Le rythme reste soutenu, chaque idée n’est pas développée de la même façon, ni avec le même investissement (A noter l’absence de texte dans l’Idée 20 par exemple) ou encore la différence en nombre de pages (Certaines s’étalent sur 4 à 6 pages, quand d’autres restent timidement à 1 ou 2 pages). Mais au final, cette variation de rythme vous permet aussi de faire une pause lors de votre lecture « chronologique ».
Une petite remarque à propos des deux pages intitulées « Si les filles parlaient comme les mecs » et « Halte aux préjugés », celles-ci sont placées entre l’Idée 33 et 34 sans aucun lien avec l’une ou l’autre. Est-ce voulu? Ces petites interpellations auraient, à mon avis, eu davantage leur place dans la continuité de l’Idée 35 : « Les filles sont des petites choses fragiles qu’il faut protéger à tout prix ».

Par la suite, 15 idées proposées sont effleurées, caressées par un ton taquin, un sourire au coin des lèvres…
On retrouve les mêmes thèmes mais avec des sujets différents par exemple :
La Relation Homme/Femme en dehors du Sexe : Parler après l’acte, les femmes Vénales, la Promotion Canapé, la Psychologie de Comptoir, les Sites de rencontre.
L’accession au Plaisir : l’utilisation du Visuel
Les Fantasmes : les Viols (Je ne me suis pas trompée de catégorie), le Libertinage,
Les Attributs : le Point G, le Physique, l’Epilation (encore), les Talons.
Divers : le Féminisme.

La Conclusion reste un délice à lire, la plume de Marie MINELLI est fluide jusqu’au bout de son livre, et quoi de mieux qu’offrir un test-type des magasines féminins où l’on sait quoi répondre pour arriver à quel résultat, avec des recommandations personnalisées tout aussi comiques. Elle ne pouvait pas mieux finir finalement !

On se rend compte avec tout ce livre que les Médias nous conditionnent plutôt pas mal dans la vie de tous les jours. En fait, je m’en doutais forcément mais lire certains extraits (Notamment dans l’Idée 18) amènent à réfléchir. Les Médias tentent d’aborder la sexualité pour paraître ouverts et libres (Comme la Société se dit être, permettez-moi d’en douter), mais ils se retrouvent bien vite confronté au politiquement correct, et effectivement les enfants de quatre ans n’ont pas forcément besoin d’entendre parler d’éjaculation faciale au déjeuner mais alors, y a-t-il un intérêt à en parler s’il faut sans arrêt penser au public ? Pourquoi ne pas laisser les Médias qui en ont fait une spécialité, en parler librement ? Ainsi Oreilles et Yeux ne pourraient pas se plaindre d’être heurtés puisqu’ils auraient connaissance du type de contenu dès le départ. Comme lorsque l’on choisit un partenariat avec la Musardine. D’ailleurs, les Editions de la Musardine permettent cette ouverture d’esprit en toute connaissance de cause, mais aussi des émissions radio. Par exemple, je viens de découvrir Point G comme Giulia en podcast, et quoi de mieux qu’offrir la parole aux auditeurs et à leurs expériences pour partager sur les expériences aussi diverses et variées qu’il y a d’humains… (Et par la même occasion, faire voler en éclat l’idée 42 selon laquelle le Point G n’existe pas !)

Une note particulière pour l’utilisation de la Ménagère dont j’ai particulièrement aimé le détournement et la plupart de ses phrases si décalées, et osées.

Ce livre pourrait bien être l’oeuvre d’une féministe puisqu’elle prône, à raison, le plaisir des femmes, la libération sexuelle, le droit de l’exprimer comme on veut, quand on veut. (Et après avoir lu l’idée 19, vous ne pouvez plus vous risquez à déblatérer des idées reçues sur la sexualité de la Féministe Wink) Féminisme ou non d’ailleurs, peu importe le nom que l’on donne… (Et à propos de cela, le mot féministe ne doit pas être perçu comme péjoratif, je vous recommande vivement de lire/écouter le Discours intégral d’Emma Watson aux Nations Unies pour le lancement de la Campagne HeForShe)
Par contre, j’ai senti notamment au niveau de la beauté, qu’elle était suspicieuse à propos de la motivation des femmes à se faire belle, et que celles-ci le faisaient pour rentrer dans une norme. Même si effectivement, certaines sont dans cette catégorie-là, je pense qu’il y a des femmes qui aiment se faire des soins pas très agréables pour leur bon plaisir après, cela leur permet aussi de se recentrer. Bon ok, certaines le font en s’épilant, d’autre en allant au ciné, mais finalement, c’est leur choix. Ce fut le seul point où j’ai trouvé le jugement hâtif et le rejet extrême.
Parce que sinon, Marie MINELLI ne vous dit pas de faire tout ce qui est abordé dans le livre et/ou faire ce que vous n’avez pas envie pour se la jouer libérée à tout prix, non, elle ne dit pas ça. Au final, avec son humour, Marie nous envoie une Idée principale, primordiale même : Que votre sexualité / façon de vivre soit aussi unique que vous l’êtes! Vivez ce que vous avez envie de vivre réellement, sans qu’aucune conscience collective intervienne. Faites sauter les verrous, et trouvez vos clefs du plaisir. Et par la même occasion, c’est un livre que l’on peut laisser traîner à l’attention de ces Messieurs, (Conjoints, Potes, Inconnus de moins de deux heures aussi si vous n’avez pas autre chose à faire de mieux…) pour que leurs représentations évoluent tout en douceur, tout en sourire…

Ce fut une lecture sympathique, divertissante et je remercie la Musardine pour ce partenariat ainsi que le forum The Imaginarium, qui laisse libre cours à de belles rencontres et aux plus beaux scénarios !

Le Bêtisier des sites de rencontres

Thème

Rencontres en ligne…

Une citation

Range ton gland, j’suis pas un écureuil.

Le Livre en quelques mots

Les sites de rencontre recèlent bien des choses…

Ce que j’en ai pensé.

J’ai choisi ce partenariat parce que j’ai rarement l’occasion et l’envie d’acheter des Bêtisiers, et pour m’y confronter dans le cadre de la critique. A la réception, j’ai été assez surprise de la couverture. Habituée aux belles couvertures des éditions La Musardine, celle-la m’a paru bâclée comme un site de basse catégorie justement. Sur la forme pure du livre, les polices d’écriture qui deviennent minuscules, sont absolument désagréables mais pourront servir pour les prochains tests visuels chez l’ophtalmo…

Sur le fond, le résumé est sans équivoque. Le Bêtisier des sites de rencontres nous promet des annonces authentiques et désopilantes. C’est le cas de le dire car pour prendre la température, j’ai consulté deux-trois blogs de personnes inscrites sur des sites de rencontre et qui relatent leurs expériences. Conclusion : ils remarquent tous le même style d’annonces, depuis l’existence de ce mode de communication.

Vous irez du poétique au plus cru, il y en a pour tous les goûts. Vous trouverez des lapsus, des réflexions drôles, des déviances, des personnes qui sont hors-sujet, des traits philosophes, de l’humour lourd. Des âmes à la recherche d’une sœur ou des corps en demande de sensations.

Mais pour la lecture, je vous conseille d’investir dans un décodeur : la fidélité aux annonces est telle que vous vous retrouvez face à des annonces incompréhensibles à cause d’une orthographe non pas approximative mais carrément hallucinante pour certaines annonces. Cela peut vous faire passer l’annonce. Et celle d’après, et la suivante encore, voire carrément vous faire fermer le livre. Cette redondance peut lasser. Dans le cadre de la critique, j’ai évidemment tout lu mais ce genre de livre appartient à la catégorie de ceux que l’on laisse traîner et que l’on lit morceau par morceau au risque d’attraper une indigestion. D’ailleurs, dans la voiture, mes compagnons de route aiment saisir une ou deux phrases au vol mais le referme assez rapidement.

Vous êtes amené à sourire, rire, être effrayé, dégoûté aussi. A l’image de la sexualité, en fait. Parce qu’il s’agit de quelque chose d’intime, de quelque chose que vous ne pouvez partager avec tout le monde. Dans ce livre, vous trouverez des personnes libérées, ouvertes d’esprit, ou présentant carrément des troubles relationnels. Exposer sa sexualité et des photos de cette façon, révèlent un aspect des sites de rencontre et de ceux qui y vont par curiosité. Vous trouvez là, les perversions des Hommes, le mal-être, la solitude, le désespoir. Cette face cachée que les publicités omettent de préciser sur leurs spots publicitaires. L’exhibitionnisme de ceux qui s’y inscrivent et le voyeurisme de ceux qui lisent.

D’ailleurs, ce bêtisier finit par me mettre mal à l’aise parce qu’il nous amène à nous moquer de personnes parfois instables et en souffrance. Nous rions du malheur des autres. Cela peut paraître rabat-joie effectivement, pourtant il s’agit bien de cela. Et, j’aurais aimé savoir ce que ces personnes ressentent lorsqu’elles découvrent qu’elles sont affichées et deviennent la risée de la société. Peu seront fières de cela, je pense. Cela enfoncera peut-être même leur sentiment de malaise tandis que ça « rassure » ceux qui lisent et se disent qu’ils sont au-dessus de ces gens.

Certes les poèmes sont parfois mièvres, maladroits, loin de notre belle littérature, mais il n’en reste pas moins que ce sont des personnes d’une grande sensibilité qui ont écrit, et qui pour certains n’ont pas grand chose qui les retient à la vie.
D’autres enchaînent les fautes d’orthographe, parce qu’ils n’ont peut-être pas eu un cadre et qu’elles sont liées à un manque d’instruction.
L’agressivité de certains propos met le doigt sur des personnes qui en ont peut-être bavé, et ne connaissent plus que ce mode d’expression.
Et la Solitude voit dans ces sites son unique chance, son unique espoir d’être acceptée par quelqu’un d’autres.

Alors oui, nous pouvons relancer le débat du « Peut-on rire de tout? » encore et encore. Mais de ce livre, je ne retiendrais qu’une seule phrase d’humour, celle que j’ai cité et une impression que nous avons besoin d’enfoncer les autres pour sortir la tête de l’eau nous-mêmes. Il existe beaucoup de citations sur cela, une m’a marqué :

Dire du mal des autres est une façon malhonnête de se flatter. Oscar Wilde

Et lorsque, au cours de mes recherches annexes, je suis tombée sur le genre de coaching qui vous apprend à rédiger vos annonces pour accrocher « tout ce que vous voulez » et qui commence par « Femme qui rit… » Je me dis qu’avec eux, nous aurons droit à bien d’autres bêtisiers…

Néanmoins, je suis contente d’avoir participé à ce partenariat entre le Forum The Imaginarium et La Musardine qui m’ont permis d’écrire cette critique et de réfléchir, une fois de plus, sur les relations humaines et ce qui nous lie…

Personne – Gwenaëlle AUBRY

Le Thème.

La folie au quotidien

Une Citation.

Je ne pouvais m’empêcher de penser à lui, de songer, face à ce père seul dans un appartement avec son enfant, que cela, il l’avait fait pour nous aussi, qu’il lui avait bien fallu, quand nous le retrouvions pour un week-end ou des vacances, tenir en respect ses fantômes, ses délires pour accomplir les gestes qui bordent l’enfance, trouver, dans la sienne qui s’épuisait, l’énergie d’alimenter nos vies, vulnérables e voraces, préserver, dans le chaos où il était, un îlot d’ordre, dans le réel qui s’effritait, des horaires et des règles (nous donner des bains dans la baignoire où, le reste de la semaine, il lavait ensemble ses chemises et son chien, nous préparer à dîner, tracer sur nos fronts, le soir, au coucher, les signes magiques qui nous protégeaient) — « Je n’ai connu de bonheur permanent que celui qui vient de l’existence de nos enfants, tout le reste me semblant précaire, fragile, menacé ».

L’histoire en quelques mots.

En autant de lettres que l’alphabet comporte, Gwenaëlle Aubry nous livre 26 portraits de son père, jadis « fou », aujourd’hui décédé. Ce mot « fou » qui recèle tant de peurs pour l’extérieur, révèlera des moments d’effroi, de colère, de culpabilité et de tristesse. Il retiendra aussi des moments de tendresse, de complicité, de liens invisibles incroyables.

Ce que j’en ai pensé.

Dès les premiers instants, une phrase annonce la teneur du livre. Sous la plume de Gwenaëlle, la folie règne : Il dit ce que c’est de porter en soi une telle armée, d’être pour soi-même une terre fourmillante et désertée, de ne trouver à l’intérieur de soi que l’enfer des êtres extérieurs à soi. Il dit, pire que la douleur, que l’éternel enfer l’explosion de son véritable moi. Et pourtant, il y a bien d’autres choses : des portraits historiques palpitants d’ancêtres homonymes, des secrets et des coïncidences, des rencontres hasardeuses ou non…

Entremêlés aux souvenirs de la jeune femme, des passages écrits du père qu’il consignait dans des cahiers. Autant de confrontations. La folie vue par la petite fille, la folie vue par la famille à travers la petite fille, la folie vue par le fou lui-même avec ses moments de lucidité, ses moments de profond désespoir, parfois sa volonté de faire comme si, parfois sa volonté de ne plus être…

Il y a beaucoup de tendresse qui émane des mots, dans les descriptions d’ambiance, de lieux ou de sentiments. Il y a des passages qui mènent à la réflexion. La différence entre être et avoir. La place que l’on occupe dans le monde, cette absence d’originalité, de grain de folie. La conformité des gens et l’intolérance, l’abandon de ceux qui ne répondent pas correctement aux normes.

Ce livre remue beaucoup de choses, mais il y a une certaine inégalité entre les chapitres. Certains paragraphes sont fluides, emportés par une poésie certaine, quand d’autres accrochent nettement, comme s’il fallait faire cette lettre coûte que coûte. La volonté de respecter un alphabet y’a-t-il joué?  Un autre point qui a freiné ma lecture plus d’une fois : la ponctuation. J’ai souvent eu cette impression qu’elle était mal placée, que ce soit par rapport au sens de la phrase ou de la respiration même. Si cela n’était pas trop gênant dans la première partie puisque contrebalancé par des phrases intenses, les dernières lettres de l’alphabet offrant moins d’envolées lyriques, mettent en exergue les difficultés de lecture.

Si ces deux derniers aspects empêchent une appréciation globale plus enjouée, il n’en reste pas moins que je garderais en mémoire une pointe de nostalgie et beaucoup de tendresse pour la relation décrite.

L’Arrache-Coeur – Boris VIAN

Le Thème.

Faut-il tout analyser ?

Une Citation.

On ne reste pas parce qu’on aime certaines personnes; on s’en va parce qu’on en déteste d’autres. Il n’y a que le moche qui vous fasse agir. On est lâches.

L’histoire en quelques mots.

Un psychiatre à la recherche de psychanalyse intégrale, s’installe dans un village où il aura de quoi faire entre l’analyse d’un chat, d’une mère de triplés qu’elle étouffe, d’un père qui prend la fuite sur un bateau construit de ses propres mains sans aucune connaissance.

Ce que j’en ai pensé.

Le style Vian. Pour ma première fois, c’est un peu écorché vif avec un sens des formules, parfois brutales, souvent symboliques, rarement anodines dans leur forme notamment avec les jeux de mots ou sur leur portée. Les personnages sont savoureux parce que profondément étranges, détestables aussi pour certains. En tout cas, les traits poussés à l’extrême ne laissent pas indifférents. C’est vivifiant. C’est absurde et ça ne laisse que peu de repos à l’âme.

Au niveau des propos, il y a des réflexions pertinentes sur la Liberté notamment à savoir si c’est l’absence de désir ou au contraire, la profusion de choix qui permet d’être libre. Dans un autre passage, il s’agit de la Gloire qui dilapide la honte en achetant la tranquillité de la conscience.

Tout ceci était prometteur.

Puis le départ d’un des personnages, Angel, marque un tournant. Le style s’essouffle parce qu’il devient redondant. Le fond de l’histoire me paraît dénué d’intérêt par rapport au propos initial, la recherche sur l’inconscient. Ainsi, il ne me reste que les échanges entre le psychiatre et la mère qui partagent autour de l’éducation, la protection excessive, pour y trouver un peu de plaisir… En dehors de cela, le texte me met mal à l’aise et je n’ai pas encore identifié la raison.

J’achève donc cette lecture sur une note négative, mais lui accorde tout de même un avis mitigé par rapport à cette première partie appréciée.

L’Education d’une demi-vierge – ANONYME

Thème

Le Charnel sous les Ordres.

Une citation

Si étonnant que cela puisse vous paraître, elle est encore pucelle!… « Tout ce que vous voudrez, excepté cela » est sa devise. 

Le Livre en quelques mots

Au coeur d’un centre de redressement, la jeune Edmée s’adonne aux mille et unes idées lubriques qui la traversent… Voilà de quoi est constitué ce roman écrit en 1911 et voué à la destruction en 1914 !

Ce que j’en ai pensé.

Surprenante lecture que voilà.

Sur la forme, une technique maîtrisée d’allers et retours dans le temps donne du rythme à la narration. A aucun moment, je n’ai eu de difficulté à suivre, ou d’incompréhension. Cette facilité est remarquable parce qu’agréable. Ainsi le rythme est donné. Et sur la fin, lorsque une ou deux répétitions de scènes se sont enchaînées, le narrateur a su s’arrêter respectant son rythme et évitant toute lassitude. Il m’a ainsi laissé avec cette délicieuse impression d’une lecture agréable et maîtrisée jusqu’au bout. La suggestion et l’imagination du lecteur prend la suite sans problèmes !

Il est aussi à souligner le ton du narrateur, humoristique et familier avec son lecteur. Cet abord simple et naturel apporte un plus, un petit côté voyeur en quelque sorte, qui trouve allègrement sa place dans une histoire où les représentations sociales sont mises à mal. Cette joyeuse connivence ne trouve donc aucun mal à s’installer et d’ailleurs, ajoute du sel à l’histoire en nous mobilisant dans ces confidences « immorales ».

Le récit, lui, est à la fois cru et sensuel. C’est une histoire lubrique dans des lieux saints, écrite simplement avec des mots subtils, doux et plein de désirs. Les relations ont été clairement choisies pour déranger les codes de la société, bousculer les idées et la morale (Relations sexuelles saphiques, notamment dans un couvent et des Relations incestueuses et pédophiles), pour autant, cela contraste énormément avec la grande douceur, les flots de désirs et l’expression d’un amour filial qui émanent de chaque mot… Tant et si bien que je ne l’ai pas trouvé plus dérangeante que ça alors qu’avec une autre façon d’écrire plus abrupte, plus dure, je pense que cela n’aurait pas eu le même impact. L’auteur voulait-­il plaire ou choquer, je l’ignore, mais pour ma part, le défi de bousculer avec élégance a été remporté !

C’est une lecture étonnante pour laquelle je remercie La Musardine ainsi que le forum The Imaginarium pour la découverte.

Maus – Art SPIEGELMAN

Le Thème.

Transmettre l’Histoire.

Une Citation.

Anja, mâche ça. – Tu as trouvé à manger ? – Non, c’est du bois, mais mâcher, ça donne un peu l’impression de manger. 

L’histoire en quelques mots.

Art dessine les souvenirs de son père, Vladek. Celui-ci a connu les ghettos et les camps de concentration. Il en est ressorti… Vivant ?

Ce que j’en ai pensé.

Cette bande dessinée est un coup de poing.Un dessin vaut mieux que cent discours, entend-on parfois et même si Art Spiegelman écrit dans une de ses bulles : Combien de livres ont déjà été écrits sur l’Holocauste. A quoi bon? Les gens n’ont pas changé… Peut-être leur faut-il un nouvel Holocauste, plus important. Il n’en reste pas moins que ce livre-là transmet énormément de choses (et si peu à la fois).

Un tracé sans fioritures à observer, une personnification des animaux à appréhender, une construction de phrases à laquelle on s’habitue, et une fois entamée, on ne peut que plonger la tête la première dans cette sombre BD.

Il nous parle de la vie dans les Ghettos, de la tension de chaque instant, de la méfiance envers son prochain, de la trahison de ses proches et de la bonté de parfaits inconnus.

Il nous parle des conditions de vie dans les Camps, des paroles qui sont réconfortantes sur le moment mais paraissent profondément horribles a posteriori, des instants d’Espoir et de profond désespoir, des magouilles et de la chance.

Si Vladek parle de tout ça et que c’est déjà intense, Art nous transmet bien d’autres choses encore. Il ne dessine pas que les souvenirs racontés par son père, mais aussi le contexte dans lequel il le fait, les évènements de la vie quotidienne qui viennent interférer, ses propres doutes et questionnements. Il partage son vécu, la relation difficile à son père et ses traits caricaturaux qu’il retranscrit avec une sensation de honte. N’est-il pas lui-même en train de propager des idées reçues ? Ces mêmes idées qui ont servi de prétexte pour enfermer et exterminer des personnes? Art nous parle également des fantômes de sa mère, de son grand frère qu’il n’a pas connu et tant d’autres. Art SPIEGELMAN nous parle de cette culpabilité de vivre quand d’autres sont morts. Et c’est dur.

Prochaine lecture BD : MetaMaus du même dessinateur.