La Disparition de Philip S. – Ulrike EDSCHMID

Le Thème.

Le Terrorisme, ennemi de l’Amour.

Une Citation.

Je ne pouvais pas alors imaginer que là, sur cette terrasse ensoleillée, en silence et en secret, il avait déjà commencer à s’éloigner, se détachant d’abord des objets, avant d’apprendre à quitter aussi les personnes.

L’histoire en quelques mots.

Hors du temps, une histoire d’amour voit le jour entre deux êtres sensibles : Ulrike, mère célibataire et Philip. La réalité les rattrape malgré eux : le pays traverse alors une période sombre où la violence sociale règne… Nous sommes en Allemagne, à la fin des années 1960 et c’est le début des Années de Plomb.

Ce que j’en ai pensé.

De courts chapitres 3 pages et 1/2 environ, voilà ce qui fera a priori, un roman entraînant et facile à lire.
C’était sans compter son sujet passionnant.

Dès le début, vous entrez dans le vif du sujet avec la mort suite à une fusillade. Sur le sol, gisent des corps. Tracée sur le pavé, une ligne de craie blanche isole déjà son corps du monde des vivants. Les mots sont posés. Elégants, froids et distants aussi.

Si Philip est mort, il n’en est pas pour autant absent du récit. Hormis le titre bien sûr, il est , entre chaque mot. Ulrike partage les moindres détails. Elle nous peint le portrait d’un jeune homme généreux, méticuleux, soigneux, artiste aussi. Brimé dans sa famille par rapport à ses ambitions, il n’y a aucune place pour l’émotion dans sa famille, ni pour l’art. Lui, l’homme des images, ne possède aucune photo de son passé, aucun portrait de lui enfant ou adolescent. Un vide émotionnel qui semble contaminer le récit. En effet, le style est déroutant, découpé, haché et dénué de chaleur humaine. Un doute me saisit. Est-ce vraiment une histoire vraie? Comment peut-elle être aussi détachée de l’homme qu’elle dit avoir aimé ?

La lecture se poursuit entre apports culturels et historiques intéressants. Je me vois noter des passages pour poursuivre mes recherches par la suite. Philip est un homme qui a appartenu à l’Académie du Film dans le Berlin-Ouest. Il recherchait l’esthétique, une expérimentation dans les films plus qu’un outil de propagande. Son absence d’intérêt pour la politique est notable. De nouvelles habitudes puis des détails sont disséminés ici et là, toujours de façon méticuleuse dans la vie de Philip et le quotidien du couple.

Un évènement surgit. C’est l’escalade dans leur vie comme dans le récit, tout s’affole. Si tout leur échappe, Ulrike nous embarque sans problème dans leur course effrénée. L’acharnement de la police, la manipulation des autres qui empruntent des affaires pour réaliser des actes illégaux et en font des pièces à conviction, les actes de révolte, les relations qui changent… Et au centre, leur couple perdure et s’unit dans cette spirale infernale : ils sont tous deux traqués, emprisonnés.

Soudain seule, dans sa geôle, nous sentons la peine d’Ulrike, l’envie de retrouver son enfant. L’isolement fait son travail. Ce repli sur soi face à la radicalisation de son compagnon divise le récit et le couple. A leur sortie, Ulrike assiste à sa disparition dans la douleur et la souffrance. Elle est dans l’incapacité de le retenir : il a choisi de partir et rien ne semble l’arrêter, même pas cet enfant qu’il aimait et éduquait comme le sien. Il orchestre ainsi scrupuleusement leur séparation. Doucement, il efface sa présence, son passé, sa vie, leur relation…

La froideur apparente de la contextualisation du début n’est plus qu’un souvenir car les émotions sont bien vives, même 40 ans après. Les questions de son « étonnant » détachement trouvent leurs réponses au fur et à mesure. Jusqu’à la couverture du livre elle-même, qui prend tout son sens au fil du récit.

Aussi, lorsque je débutais cette chronique en écrivant qu’il était a priori facile à lire, à présent que vous avez lu ma chronique, je dirais donc qu’il est facile à décrypter certes, mais il ne faut pas y voir un synonyme de légèreté : il est puissant et laisse un sacré souvenir.

Ce roman de la souffrance de l’entourage des terroristes nous offre une très belle intensité.

Je remercie énormément les Editions Piranha de m’avoir fait parvenir ce roman qui est une très, très belle surprise…

 

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Amour et Eternité – CKSCHMITT

Le Thème.

Deuil d’un amour.

Une Citation.

Il y a différentes façon de crier. Le cri muet que l’on tente de faire jaillir de nos entrailles lorsque le cauchemar est trop horrible. Le cri strident que l’on jette par la surprise ou la peur instinctive. Enfin, le cri latent, presque sourd qui reste accroché aux tripes longtemps, comme un discours d’agonie.

L’histoire en quelques mots.

Une histoire d’amour où la Passion transparaît à chaque phrase. Epistolaire et sacrée au début, elle en deviendra charnelle…

Ce que j’en ai pensé.

C’est avec plaisir que j’ai postulé pour ce partenariat ayant déjà lu Le Grand Ecart du même auteur. Je connaissais son écriture et son attache à créer, avec un enchaînement de textes apparemment non liés, une histoire de fond. Ce que j’ai retrouvé ici.

L’alternance des narrateurs nous entraîne dans les pensées des deux amants donnant ainsi du rythme, entre un romantisme féminin et une vision de l’homme plus virile, quoiqu’un peu cliché. Pour autant, il m’a fallu un petit laps de temps pour comprendre le jeu des deux narrateurs parce que l’auteur entretient ce flou en n’identifiant pas réellement les personnages. Dans la même veine, malgré une beauté certaine et un côté vaporeux, insaisissable, les phrases appellent une deuxième lecture pour en saisir l’objet et cela ralentit forcément l’avancée. Dans mes lectures, j’apprécie la poésie mais j’aime aussi saisir un sens de façon quasi-instantanée ce que je lis , quitte à trouver un sens plus profond lors d’une seconde lecture. Or là, je devais relire pour comprendre le sens premier.

Par contre, avec l’évolution de l’histoire d’amour, le style s’affermit, se précise et devient plus fluide. Les narrateurs prennent corps, prennent vie (même quand ils la perdent). Ils se matérialisent enfin sous nos yeux. L’aérien et l’abstrait dans le texte le Souffle d’air, (Dont le champ lexical pour un parallèle entre la météo dévastatrice et des sentiments tout aussi destructeurs est délicieux) sont délaissés pour des sensations et du concret au moyen d’un objet : le Cahier Vert qui scelle la mort, et la Passion par la même occasion. A partir de là, les mots sonnent justes et les phrases sont saisissantes dès la première lecture. Ce qui rend la puissance des sentiments plus forts encore.

La plus belle fin pour une histoire d’amour, c’est un accident, et c’est à l’Eternité d’en prendre un coup : les narrateurs sont bousculés dans leurs espoirs avec la mort de l’un des deux. Leur amour est éternel mais pas de la façon qu’ils souhaitaient. Le texte prend une nouvelle tournure. Plus terrienne, plus concrète, plus désespérée aussi mais toujours poétique. La tristesse est palpable, et le retour dans la vie se fait subtilement. A ce titre, le passage sur la leçon de krav-maga peut sembler terre-à-terre si on la lit simplement mais regorge de sens philosophique sur le fait d’appréhender la vie, de se relever et de se battre. Ce qui pour moi, laisse une note plutôt positive du recueil.

Je dis plutôt positive car une question subsiste : Quel est l’intérêt de « L’école de la mauvaise vie« ? En dehors de l’histoire aisée à comprendre, sa place dans le recueil est plus floue. Je suppose qu’il s’agit de Viktor qui parle et le recueil souhaite montrer de quelle façon l’amour a pu le sauver du mauvais engrenage. Pour autant, mon interprétation semble tellement approximative que finalement, ce flou plane sur le texte et confirme son éloignement du reste du recueil.

Je remercie le forum Au Coeur de l’Imaginarium et CKSchmitt pour cet intermède poétique…

Veuf – Jean-Louis FOURNIER

Le Thème.

Vivre un Deuil.

Une Citation.

Cette année, très peu m’ont souhaité bonne année ou bon Noël. C’est étrange, les gens n’osent pas parler de bonheur à celui qui vient d’avoir un grand malheur. Je ne comprends pas. C’est justement quand on a eu un grand malheur qu’on a besoin de voeux de bonheur, ceux qui sont déjà heureux n’en ont pas besoin. Quand vous êtes malheureux, on dirait que la société souhaite que vous le restiez. Définitivement.

L’histoire en quelques mots.

L’auteur a perdu sa femme prématurément. Ce livre est une déclaration d’amour à travers des phrases, des pensées, l’évocation de souvenirs tendres. Les mots se parent d’humour, de sourires, de tristesse et parfois, il y a ce vide qui prend ses aises.

Ce que j’en ai pensé.

Lu en une heure à peine, les courts chapitres filent à toute vitesse grâce à une plume fluide et vivante… Certains passages vous feront sourire, même rire, ou vous toucheront d’une toute autre manière, en fait, il y a peu de chances qu’il vous laisse totalement indifférent. Ce livre n’a pas la prétention de vous dire de profiter de la vie et des gens que vous aimez,  c’est juste une déclaration d’Amour d’un homme à celle qui fut sa compagne. Et il a ceci d’agréable qu’il ne met pas le lecteur dans une position de voyeur quant à leur relation.

Par ailleurs, si certains propos sont plus factuels qu’émotionnels, ils n’en sont pas moins dénués de sens. Ainsi, Jean-Louis Fournier dissémine des pensées très intéressantes sur l’approche de la mort par la société, la difficulté à trouver les mots, les lourds silences, l’isolement involontaire, les maladresses… En ce sens, il m’a fait penser à la BD Catharsis de Luz. Il n’y a pas de deuil pire qu’un autre, il y a juste autant de vécus de deuils qu’il y a d’humains…