Amour et Eternité – CKSCHMITT

Le Thème.

Deuil d’un amour.

Une Citation.

Il y a différentes façon de crier. Le cri muet que l’on tente de faire jaillir de nos entrailles lorsque le cauchemar est trop horrible. Le cri strident que l’on jette par la surprise ou la peur instinctive. Enfin, le cri latent, presque sourd qui reste accroché aux tripes longtemps, comme un discours d’agonie.

L’histoire en quelques mots.

Une histoire d’amour où la Passion transparaît à chaque phrase. Epistolaire et sacrée au début, elle en deviendra charnelle…

Ce que j’en ai pensé.

C’est avec plaisir que j’ai postulé pour ce partenariat ayant déjà lu Le Grand Ecart du même auteur. Je connaissais son écriture et son attache à créer, avec un enchaînement de textes apparemment non liés, une histoire de fond. Ce que j’ai retrouvé ici.

L’alternance des narrateurs nous entraîne dans les pensées des deux amants donnant ainsi du rythme, entre un romantisme féminin et une vision de l’homme plus virile, quoiqu’un peu cliché. Pour autant, il m’a fallu un petit laps de temps pour comprendre le jeu des deux narrateurs parce que l’auteur entretient ce flou en n’identifiant pas réellement les personnages. Dans la même veine, malgré une beauté certaine et un côté vaporeux, insaisissable, les phrases appellent une deuxième lecture pour en saisir l’objet et cela ralentit forcément l’avancée. Dans mes lectures, j’apprécie la poésie mais j’aime aussi saisir un sens de façon quasi-instantanée ce que je lis , quitte à trouver un sens plus profond lors d’une seconde lecture. Or là, je devais relire pour comprendre le sens premier.

Par contre, avec l’évolution de l’histoire d’amour, le style s’affermit, se précise et devient plus fluide. Les narrateurs prennent corps, prennent vie (même quand ils la perdent). Ils se matérialisent enfin sous nos yeux. L’aérien et l’abstrait dans le texte le Souffle d’air, (Dont le champ lexical pour un parallèle entre la météo dévastatrice et des sentiments tout aussi destructeurs est délicieux) sont délaissés pour des sensations et du concret au moyen d’un objet : le Cahier Vert qui scelle la mort, et la Passion par la même occasion. A partir de là, les mots sonnent justes et les phrases sont saisissantes dès la première lecture. Ce qui rend la puissance des sentiments plus forts encore.

La plus belle fin pour une histoire d’amour, c’est un accident, et c’est à l’Eternité d’en prendre un coup : les narrateurs sont bousculés dans leurs espoirs avec la mort de l’un des deux. Leur amour est éternel mais pas de la façon qu’ils souhaitaient. Le texte prend une nouvelle tournure. Plus terrienne, plus concrète, plus désespérée aussi mais toujours poétique. La tristesse est palpable, et le retour dans la vie se fait subtilement. A ce titre, le passage sur la leçon de krav-maga peut sembler terre-à-terre si on la lit simplement mais regorge de sens philosophique sur le fait d’appréhender la vie, de se relever et de se battre. Ce qui pour moi, laisse une note plutôt positive du recueil.

Je dis plutôt positive car une question subsiste : Quel est l’intérêt de « L’école de la mauvaise vie« ? En dehors de l’histoire aisée à comprendre, sa place dans le recueil est plus floue. Je suppose qu’il s’agit de Viktor qui parle et le recueil souhaite montrer de quelle façon l’amour a pu le sauver du mauvais engrenage. Pour autant, mon interprétation semble tellement approximative que finalement, ce flou plane sur le texte et confirme son éloignement du reste du recueil.

Je remercie le forum Au Coeur de l’Imaginarium et CKSchmitt pour cet intermède poétique…

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Personne – Gwenaëlle AUBRY

Le Thème.

La folie au quotidien

Une Citation.

Je ne pouvais m’empêcher de penser à lui, de songer, face à ce père seul dans un appartement avec son enfant, que cela, il l’avait fait pour nous aussi, qu’il lui avait bien fallu, quand nous le retrouvions pour un week-end ou des vacances, tenir en respect ses fantômes, ses délires pour accomplir les gestes qui bordent l’enfance, trouver, dans la sienne qui s’épuisait, l’énergie d’alimenter nos vies, vulnérables e voraces, préserver, dans le chaos où il était, un îlot d’ordre, dans le réel qui s’effritait, des horaires et des règles (nous donner des bains dans la baignoire où, le reste de la semaine, il lavait ensemble ses chemises et son chien, nous préparer à dîner, tracer sur nos fronts, le soir, au coucher, les signes magiques qui nous protégeaient) — « Je n’ai connu de bonheur permanent que celui qui vient de l’existence de nos enfants, tout le reste me semblant précaire, fragile, menacé ».

L’histoire en quelques mots.

En autant de lettres que l’alphabet comporte, Gwenaëlle Aubry nous livre 26 portraits de son père, jadis « fou », aujourd’hui décédé. Ce mot « fou » qui recèle tant de peurs pour l’extérieur, révèlera des moments d’effroi, de colère, de culpabilité et de tristesse. Il retiendra aussi des moments de tendresse, de complicité, de liens invisibles incroyables.

Ce que j’en ai pensé.

Dès les premiers instants, une phrase annonce la teneur du livre. Sous la plume de Gwenaëlle, la folie règne : Il dit ce que c’est de porter en soi une telle armée, d’être pour soi-même une terre fourmillante et désertée, de ne trouver à l’intérieur de soi que l’enfer des êtres extérieurs à soi. Il dit, pire que la douleur, que l’éternel enfer l’explosion de son véritable moi. Et pourtant, il y a bien d’autres choses : des portraits historiques palpitants d’ancêtres homonymes, des secrets et des coïncidences, des rencontres hasardeuses ou non…

Entremêlés aux souvenirs de la jeune femme, des passages écrits du père qu’il consignait dans des cahiers. Autant de confrontations. La folie vue par la petite fille, la folie vue par la famille à travers la petite fille, la folie vue par le fou lui-même avec ses moments de lucidité, ses moments de profond désespoir, parfois sa volonté de faire comme si, parfois sa volonté de ne plus être…

Il y a beaucoup de tendresse qui émane des mots, dans les descriptions d’ambiance, de lieux ou de sentiments. Il y a des passages qui mènent à la réflexion. La différence entre être et avoir. La place que l’on occupe dans le monde, cette absence d’originalité, de grain de folie. La conformité des gens et l’intolérance, l’abandon de ceux qui ne répondent pas correctement aux normes.

Ce livre remue beaucoup de choses, mais il y a une certaine inégalité entre les chapitres. Certains paragraphes sont fluides, emportés par une poésie certaine, quand d’autres accrochent nettement, comme s’il fallait faire cette lettre coûte que coûte. La volonté de respecter un alphabet y’a-t-il joué?  Un autre point qui a freiné ma lecture plus d’une fois : la ponctuation. J’ai souvent eu cette impression qu’elle était mal placée, que ce soit par rapport au sens de la phrase ou de la respiration même. Si cela n’était pas trop gênant dans la première partie puisque contrebalancé par des phrases intenses, les dernières lettres de l’alphabet offrant moins d’envolées lyriques, mettent en exergue les difficultés de lecture.

Si ces deux derniers aspects empêchent une appréciation globale plus enjouée, il n’en reste pas moins que je garderais en mémoire une pointe de nostalgie et beaucoup de tendresse pour la relation décrite.

Si peu d’endroits confortables – Fanny SALMERON

Le Thème.

La solitude rapproche, parfois …

Une Citation.

Je ne sais pas si deux solitudes s’annulent, je ne sais pas si elles se consolent. Je ne sais pas si au contraire elles ne forment pas un vide encore plus grand.

L’histoire en quelques mots.

Deux êtres, l’une abandonnée et l’autre perdu, sont en proie à une solitude mordante. Ils vont tenter de se réchauffer, et mettre un peu de couleur dans leur vie parisienne grisâtre.

Ce que j’en ai pensé.

Au fil des pages, le roman met en scène deux personnages qui sont seuls, ensemble. Hormis cet état de fait et une fin plutôt prévisible, les caractères sont esquissés, peu approfondis. A mes yeux, le travail sur la psychologie des personnages et leurs liens sont essentiels dans mes lectures. Cette superficialité me complique donc largement l’identification ou l’attachement à l’un des deux. Il y a néanmoins une certaine cohérence et régularité dans tout le livre.

Avec un style qui se veut poétique mais me laissant insensible, même si je reconnais que les phrases peuvent parfois être belles, l’auteur posent les mots mais il me manque la profondeur, l’authenticité, les émotions. Je ressens même une certaine exagération mélodramatique quant aux scènes parisiennes. Une impression d’images déjà décrites, de procédés déjà exploités.

Je suis rarement autant passée à côté d’un livre mais nos sensibilités sont toutes différentes !

Mélancolique, moi ? Lettres à Malesherbes – Jean Jacques ROUSSEAU

Thème

Savourer sa solitude… ou pas !

ROUSSEAU, Jean-Jacques - Lettres à Malesherbes

Une Citation.

Mes maux sont l’ouvrage de la nature, mais mon bonheur est le mien. (Lettre III)

Le Livre en quelques mots.

Pour commencer, j’ai pris la seule édition que j’avais de disponible dans ma librairie à savoir Livre de Poche, collection Libretti. Une édition de Jacques Vassevière, avec un dossier pédagogique complet. Si je vous précise l’Edition choisie, c’est simplement parce qu’elle a été d’une douce et précieuse aide pour moi, sans plus d’artifices.

En premier lieu, les quatre Lettres à Malesherbes en intégralité.

En deuxième lieu, se trouve un ensemble de textes complémentaires allant d’extraits de ses oeuvres, ou de son grand ami, Diderot, de correspondance entre Rousseau et Voltaire, et d’autres ressources encore. Tout ceci pour comprendre un contexte, la teneur des propos de chacun sans être assommant. 

En troisième lieu, des commentaires sur des aspects de la Pensée de Rousseau comme son imagination, ses tentatives de persuasion, sa retraite, sa conception de l’amitié et du bonheur…

Les trois parties sont essentielles à une bonne appréciation des Lettres. Et si Jacques Vassevière a choisi de faire des notes au fur et à mesure des Lettres, j’ai pris mon parti de lire la première Lettre en suivant les renvois, puis de lire tous les compléments et commentaires avant de continuer sur la Deuxième, Troisième et Quatrième Lettre. Ma lecture n’en a été que plus appréciable puisque j’avais alors des clés pour comprendre et saisir des subtilités plus aisément sans pour autant couper ma lecture des Lettres. (Et pour apprécier à nouveau leur teneur, je les ai relu entièrement à la fin de ma première lecture.)

Ce que j’en ai pensé.

Je ne compte pas faire une dissertation sur ce texte, mais parler de ce que j’ai ressenti en le lisant.

Pour commencer, de la lecture elle-même, je vais faire ce que Rousseau trouve réducteur, c’est-à-dire parler du style. En effet, J.-J. considère que l’on doit parler de l’utilité d’un livre et non de sa belle écriture. Qu’importe! A mon grand étonnement, la lecture est limpide, douce et enfantine je dirais même. En disant cela, je pense surtout à une sorte de naïveté qui semble émaner de chacune de ses paroles, de ses phrases, de ses mots. Si bien que je ne vais pas me faire prier pour continuer sur ses Rêveries !

Mais d’ailleurs, pourquoi avoir choisi les Lettres à Malesherbes en premier ? Grâce à l’émission Remède à la Mélancolie, présentée par Eva Bester sur France Inter qui, je ne sais plus à quelle occasion avait parlé de cette oeuvre dans des termes d’une belle intensité. Si j’ai oublié les mots exacts, j’en ai gardé cette sensation du Il faut que je le lise. C’est chose faite, et je ne le regrette pas le moins du monde.

Si j’ai mis en avant la citation de la Lettre III, c’est qu’il s’agit en fait d’un reflet de mon sentiment général. Des quatre, elle est celle qui m’apparaît la plus sereine. Plus dans la contemplation, la satisfaction de l’instant présent. Le temps semble s’arrêter à ses côtés, lors de ses promenades, lors de ses escapades. Calme et volupté. Cette douceur est assez agréable face aux trois autres Lettres où Rousseau est tour à tour, torturé, abandonné, persécuté, souffrant, passionné et profondément aimant mais seul. J’ai trouvé un Rousseau si peu sûr de lui-même qu’il ne cesse de justifier le moindre de ses gestes, le moindre de ses mots. On sent une blessure narcissique avec un besoin systématique de réassurance. C’est, selon lui, un homme naturellement bon, qui s’il s’est égaré dans de mauvaises voies, l’a été suite à des troubles. Et il le dit bien assez, mais jamais trop à son goût apparemment (!). Ce besoin de rétablir la Vérité sur sa personne le suivra jusqu’au bout de sa vie et de ses Confessions

Celui-là même qui critiquera dans son Discours sur les origines et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, cet « Homme sociable, toujours hors de lui, [qui] ne sait vivre que dans l’opinion des autres, et c’est pour ainsi dire de leur seul jugement qu’il tire le sentiment de sa propre existence« . C’est grâce aux textes complémentaires et commentaires que je saisis la plupart des paradoxes de Rousseau, et même si la lecture des Lettres à Malesherbes nous montre les successions d’arguments remaniés et arrangés, le Dossier pédagogique reste un vrai apport pour comprendre tout le contexte.

Les Lettres sont une belle introduction à toute son oeuvre. Je découvre ainsi sa critique de l’hypocrisie philosophique, des apparences, des vices célébrés avec fierté, sa profonde amitié avec Diderot et sa fin aussi lié à ce « Il n’y a que le méchant qui soit seul. » dans Le Fils Naturel de Diderot (dont Rousseau ne se remettra jamais.). Rousseau nous livre là, sa quête d’Indépendance (Je pris brusquement mon parti avec assez de courage, et je l’ai assez bien soutenu jusqu’ici avec une fermeté dont moi seul peux senti le prix, parce qu’il n’y a que moi seul qui sache quels obstacles j’ai eus et j’ai encore tous les jours à combattre pour me maintenir sans cesse contre le courant. Lettre II.), sa conception du Bonheur (Trouvant que c’était une folie de me tourmenter pour un âge auquel je ne parviendrais pas, j’ai tout planté là et je me suis dépêché de jouir. Lettre I.), de l’Amitié (Il vaut cent fois mieux être éloigné des personnes qu’on aime et désirer d’être auprès d’elles que de s’exposer à faire un souhait opposé. Lettre IV.).

Ce sont de beaux écrits qui, de mon avis, valent le détour pour faire connaissance avec l’Homme, le Philosophe et ses Oeuvres.

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