Le Corps et l’Argent – Ruwen OGIEN

Thème

Donner de soi…

Une citation

Selon cette tradition, le don un bien car il est altruiste, et l’échange contre de l’argent un mal car il est le don est un bien car il enrichit les relations humaines, et l’échange contre de l’argent un mal car elle les appauvrit. Mais cette vision binaire est contestable et de plus en plus contestée Il y a des cas où le don n’est pas un bien (certaines formes de charité par exemple) et d’autres où l’échange contre de l’argent n’est pas un mal (le versement d’un salaire plutôt qu’un paiement en nature par exemple)

Le Livre en quelques mots

L’Argent, cette chose malfaisante et déshumanisante qui monnaie l’Âme, le Corps et ses attributs… Enfin, c’est ce qu’on veut parfois nous ancrer dans la tête. Dans cet ouvrage, Ruwen OGIEN nous guide sur d’autres pistes de réflexion…

Ce que j’en ai pensé.

Deux impressions persistent sur ce livre, et correspondent aux deux parties de l’analyse de Ruwen OGIEN.

La première prépondérante pose les mots du débat, leurs définitions et implications philosophiques, psychologiques et sociales. Ruwen nous éclaire sur les notions de propriété de soi-même,  de libre-disposition de soi et sur l’utilité sociale. Il aborde également les subtilités entre métier légal, illégal et les non-métiers… Toutes ces explications servent à acquérir des bases communes avant d’embarquer dans son analyse même s’il préfère « choisir une méthode plus pragmatique, moins prisonnière de l’idée qu’il est nécessaire de trouver des fondements à nos idées morales pour les justifier. C’est bien ce que je compte faire. Je partirai du constat que la liberté de donner quelque chose de son propre corps est très largement acceptée, pour toutes sortes de bonnes raisons morales et non morales. Et je me demanderai si ces mêmes raisons ne pourraient pas servir à justifier également le droit d’échanger quelque chose de son propre corps contre un paiement.  » (P.17)

A partir de là, on apprend beaucoup grâce à la richesse des références, des notes et commentaires au coeur de l’écrit ainsi que dans les notes de bas de page. Au niveau historique par exemple, il fut un temps où les professeurs n’avaient pas le droit d’être payés pour leur activité, car le savoir était divin et ils ne pouvaient jouir d’un salaire. Ou bien le fait que les chanteurs d’opéra étaient appréciés lorsqu’ils chantaient gratuitement, sinon ils se trouvaient traités de … putain.  Nous en apprenons également d’un point de vue législatif, à savoir que la prostitution serait avant tout un problème de voirie (P.25). Ruwen expose des témoignages avec toute la part de subjectivité que cela comporte, et des faits pour ne pas nier ses aspect tout en marquant le peu d’intérêt dans un débat. (P.29) Le philosophe élabore ses théories et expose ses idées avec des allusions à des commentaires qu’ils lui sont faits. J’ai particulièrement apprécié qu’il avoue ne pas avoir pensé à tel aspect ou reconnaisse la pertinence de certains arguments qui lui sont opposés tout en précisant qu’ils ne pouvaient le développer à cet instant. J’ai trouvé cette démarche très humble en fait.

En poursuivant le débat, il aborde des idées plus pragmatiques : Si l’on reconnaît le métier de Travailleur du sexe, quel diplôme, quelle qualification? Un chômeur pourra-t-il perdre son droit s’il refuse d’exercer cette profession? Et l’argent finalement, a-t-il sa place dans les relations sexuelles? Ne sera-t-il pas responsable d’une modification des rapports intimes?

Ruwen OGIEN décortique également certains mots qui définissent déjà les limites du débat : La Marchandisation, par exemple. Galvaudé, ce mot n’empêche-t-il pas une ouverture du débat? Ne limite-t-il pas la discussion à la pensée de celui qui a créé le mot, à savoir Kant ? D’ailleurs, un point sur lequel j’ai particulièrement accroché : la référence à 1984 de Georges Orwell avec les mots et leur pouvoir de conditionner un débat, un état d’esprit, un mode de pensée…

Toute cette partie est très intéressante, même si certaines phrases doivent être lues plus d’une fois pour en comprendre le sens et l’essence. Ceci est moins évident dans la seconde partie, où la réflexion semble être en marche, entraînant par la même occasion des tournures plus ardues à suivre.

Celle-ci aborde le don d’organes, et cette « marchandisation » avec des arguments très intéressants.

En voici un. Ruwen OGIEN n’assimile pas le don d’organe à une relation sexuelle, mais fait réfléchir sur l’impact de l’argent dans une relation. Les interactions entre ces deux sujets touchant au corps sont enrichissants. Un don d’organe n’entraîne pas d’échange d’argent, il serait donc plus « noble ». Pour autant, est-il réellement plus altruiste que le souhait de procurer du bien-être à travers une relation sexuelle tarifée? Imaginons la situation de la seule personne compatible avec le malade. Cette personne-là se retrouve entre atteindre son intégrité, accepter de se mettre en situation inconfortable en devenant malade, et vivre avec l’idée qu’il décide de la vie ou de la mort d’un proche… L’argent n’entre pas en ligne de compte, pour autant le choix d’accepter de donner est-il plus sain, plus évident, plus moral, plus sincère ? N’est ce pas le poids de la culpabilité qui fait pencher la balance ? Peut-on reprocher à une personne de ne pas vouloir donner son rein ou autre? La relation affective n’est-elle pas plus emprisonnante qu’un lien établi et défini par une transaction qui s’achève suite à un contrat équitable ?

Les réflexions sont assez intéressantes, mais souffrent de multiples redondances. Peut-être que ma formation professionnelle où j’ai abordé le don d’organes (et ses enjeux), favorise ce sentiment ? J’avoue ne pas savoir faire la différence… Cet aspect a d’ailleurs entraîné une petite panne de lecture dans le genre Essai, mais il me pousse à poursuivre avec Prostitution et Dignité de Norbert CAMPAGNA, que je vous présenterais bientôt et que Ruwen cite beaucoup par ailleurs. Il est également à noter que ce livre reste un bon complément à ma lecture précédente : La Putain et le Sociologue d’Albertine et Daniel WELZER-LANG.

Je remercie les Editions de la Musardine et le forum Au coeur de l’Imaginarium pour ce partenariat qui me laisse une impression positive par le nombre de réflexions mobilisantes qu’il a amené.

 

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