Plus Haut que la Mer – Francesca MELANDRI

Le Thème.

Rencontrer l’Autre.

Une Citation.

C’est ainsi que Paolo expliquait les choses. C’était simple, au fond. Quand la chose correspond au mot, on fait de l’Histoire. Mais s’il n’y a que le mot, alors c’est de la folie. Ou bien tromperie, mystification. 

L’histoire en quelques mots.

Luisa, femme d’un détenu, rencontre Paolo, père d’un autre détenu, sur l’Île. Et le jour où ils ne peuvent en repartir, ils rencontrent Pierfrancesco, un des surveillants, et Maria-Caterina, sa femme. Plusieurs réalités s’affrontent dans un huis-clos humble et magistral.

Ce que j’en ai pensé.

La quatrième de couverture d’un livre n’a jamais été aussi juste dans les mots choisis : De la grâce et de la subtilité.

Il y a de ces rencontres qui semblent anodines, mais qui par une narration tendre et sensible vous font ressentir énormément de tendresse et d’attachement aux personnes décrites. Sous la plume de Francesca, la fiction semble être une réalité augmentée tellement la caractérisation de ses personnages est approfondie. Il se dégage beaucoup de candeur, de bonté et de bienveillance dans la façon de faire interagir les personnages, dans leurs réactions. J’y ai trouvé aussi des sentiments très violents et de cruelles réalités enveloppées par des mots à la poésie déconcertante.

Ce livre parle d’une prison, l’Île. Mais, habituée aux livres parlant des conditions, j’ai eu l’agréable surprise de le voir aborder un autre angle. Si l’histoire judiciaire des détenus est abordée, il n’en reste pas moins que l’on prend surtout conscience de l’impact de la Prison sur l’entourage. Familles et Agents pénitentiaires se retrouvent dans un huis clos où surgissent leurs failles, leurs faiblesses et leurs peurs mais aussi leurs forces, leurs sensibilités au détour d’une rencontre hasardeuse mais profondément humaine. A travers les paroles et pensées des uns et des autres, c’est une réflexion sur l’éducation, la politique, la morale, le lien d’attachement et la résilience que l’on aperçoit.

Mais aussi et surtout une mise en lumière de la Violence engendrée par le système carcéral dans chacune de ces vies. Sur ce point, je garderai particulièrement en mémoire le dialogue entre Pierfrancesco, le surveillant pénitentiaire, et sa femme. Trois pages de la 185° à la 188° qui parlent de la Peur et de la Perte de Soi.

Le Hasard fait bien les choses, que ce soit la rencontre entre ces personnages ou ma propre rencontre avec ce livre à un moment-clé, choisi par hasard pour un partenariat.

 Un grand merci aux éditions Folio et au forum Livraddict.

L’Attentat – Yasmina KHADRA

Le Thème.

Survivre à un Kamikaze.

Une Citation.

Lorsque l’horreur frappe, c’est toujours le coeur qu’elle vise en premier.

L’histoire en quelques mots.

Un chirurgien est appelé sur son téléphone après avoir passé des heures à opérer des victimes d’un Attentat au coeur de Tel Aviv. En arrivant, on lui présente un corps déchiqueté. Celui de sa femme. La Kamikaze, c’était elle. Cette révélation fait partie de la quatrième de couverture. Amine va plonger au coeur de l’horreur, les émotions vont le submerger et l’emmener plus loin encore. Au coeur de la Haine et de l’Horreur.

Ce que j’en ai pensé.

Ce livre m’a été conseillé il y a plus d’un an, et l’enthousiasme était tel que je l’avais acheté rapidement. Avec les divers évènements de 2015, j’ai clairement repoussé cette lecture (et d’autres sur le même thème), ne me sentant pas prête à une telle lecture. Pourquoi maintenant alors vous me direz? Parce que j’avais justement envie d’enlever ce livre de mon étagère. Je redoutais l’impact qu’il pourrait avoir et est donc tenté de mettre une barrière dès les premiers mots.

Je n’ai pas particulièrement accroché à l’écriture de Khadra : elle me semble surfaite et superficielle trop souvent. Ce qui m’a aidé donc. Pour autant, il y a de ces passages où les mots se révèlent être purs et difficiles. Sans états d’âmes. Il n’y a aucune place pour les beaux sentiments ou les larmoiements hypocrites. Les mots vous prennent aux tripes simplement. Ce livre est aussi puissant qu’un coup de poing, ou qu’une salve de coup de poing dans le ventre. Soyez assurés que, le peu d’espoir qui émerge à certains moments, ce livre le détruira.

« Un rien déclenche l’irréparable lorsque la haine est en soi.« 

Oui, je sais c’est brutal comme avis, mais jamais autant que ce livre et moins encore que la réalité…

Et même si certaines phrases sont lumineuses et humbles, « Il n’y a rien, absolument rien au dessus de ta vie… Et ta vie n’est pas au-dessus de celle des autres. », ce livre est et reste violent. Il y parle de Haine, de Colère, d’un conflit ancien qui a détruit, détruit et détruira de nombreuses femmes et hommes.

Ce livre parle d’un parmi Eux qui cherche la raison de son « échec » à rendre heureuse sa femme, à ne pas avoir vu le Signe qu’il aurait pu saisir et ainsi l’empêcher d’accomplir sa tâche. Pourtant le narrateur m’a souvent paru assez égocentrique dans ses pensées. Il me semble tellement plus effondré d’avoir été mis en échec dans son rôle de mari idéal, attentionné. Ce trait m’a particulièrement dérangé, empêchant un quelconque attachement à sa personne et à sa peine. Je me suis parfois demandée si c’était le désespoir qui le menait dans cette direction mais ses pensées égocentriques revenaient, brisant toute tentative de compréhension.

Bref, au-delà du personnage, ce livre est une sacrée expérience que je ne peux noter que sur l’impact. Je sais qu’il restera dans un coin de ma tête, notamment grâce à certaines de ses phrases.

« Il n’y a que deux extrêmes dans la folie des hommes. L’instant où l’on prend conscience de son impuissance, et celui où l’on prend conscience de la vulnérabilité des autres. Il s’agit d’assumer sa folie, docteur, ou de la subir.« 

« La vie d’un homme vaut beaucoup plus qu’un sacrifice, aussi suprême soit-il…car la plus noble des Causes sur terre est le droit à la vie…« 

La Vague – Todd STRASSER

Le Thème.

Embrigadement et Manipulation.

Une Citation.

Vous avez échangez votre liberté contre une pseudo-égalité. Mais cette égalité, vous l’avez transformée en supériorité sur les non-membres. 

L’histoire en quelques mots.

Ben Ross veut faire comprendre à ses élèves comment le nazisme a pu prendre une telle ampleur, avant d’être lui-même pris au piège.

Ce que j’en ai pensé.

Un livre qui ne retient pas l’attention par son style sans particularité mais sur le fond et le sens profond du message. Un livre qui se lit extrêmement rapidement, qui se dévore. Jusqu’où va-t-il aller? Un livre qui me fait penser à la chanson Né en 17 à Leidenstadt de Fredericks-Goldman-Jones : « On saura jamais vraiment ce qu’on a au fond du ventre, ce qui se cache derrière nos apparences ». Le livre aborde chaque attitude, chaque évolution dans un mouvement. Il y a le cliché de la plus intelligente et rédactrice en chef qui « comprend » dès le départ et du bafoué qui trouve sa place dans ce genre de mouvement. Cette idée de la renaissance.
De la même façon, il y a un certain doute sur Ben Ross, on lui fait confiance pour réagir mais au fil du temps, il se laisse happer et finalement il parle lui-même de ce pouvoir qui l’aveugle et lui donne du pouvoir.  Mais comme toujours, une phrase peut dire au fond de nous : J’aurais été parmi les résistants parce qu’il est trop dur de s’imaginer le contraire ou de faire partie des collaborateurs « par défaut », ceux qui pensent pouvoir se retirer à tout moment mais qui ne le font pas…
Savoir que cette histoire est réelle laisse songeur et donne toute son importance. La chute est particulièrement forte et a dû être particulièrement éprouvante pour quiconque l’a vécu. Cette claque. Ce retour à la réalité brutal, bestial. Néanmoins, une chose m’a marqué dans ma réaction face au livre La Vague, mais aussi dans ce que disent les personnes de l’expérience de la Troisième Vague : c’est que l’on trouve ça dingue que ça ait pu marcher alors que cela retrace ce qui a fonctionné et fonctionne encore de nos jours… Pourquoi s’étonne-t-on encore ?

Je vous propose ce lien vidéo pour aller plus loin sur cette expérience :

Les Petits Cahiers Verts – CKSCHMITT

Le Thème.

Se raconter.

Une Citation.

Aneta me dit souvent que pour croire avec certitude, il faut commencer par douter. Peut-être est-ce ce que je fais. J’ai tellement envie de croire à la flamme qui s’est rallumée que je m’empresse de la faire vaciller. 

L’histoire en quelques mots.

Jeanne nous livre des pans de sa vie grâce à ses cahiers verts qu’elle a tenu tout au long de sa vie, mais également la rencontre avec des femmes de caractère.

Ce que j’en ai pensé.

Il y a des livres qui donnent envie de dormir et il y a ceux auxquels vous vous accrochez. Ce livre fait partie de la deuxième catégorie. Passionnant et intéressant dans ce qu’il évoque. Son aspect historique est très riche et intéressant qu’il aborde l’Algérie ou la seconde guerre mondiale. Les portraits de femmes marquantes entraînent à poursuivre la lecture. Vous trouverez même des feuilles avec un délicat parfum d’antan mais qui fut mal aisé à lire. Est-ce nécessaire de les conserver en l’état au sein même du récit pour le confort de lecture plutôt que les mettre en annexe même si je trouve leur présence importante par rapport à ce qu’elles retracent?

Sur les choses qui m’ont chagrinées, il y a cette histoire d’amour qui se mêle à tout cela dont je n’arrive pas à comprendre la portée, parce que trop absorbée par l’aspect historique. Et il y a cette scène de sexe au début qui m’a mise à l’aise car inattendue et qui revêtait un caractère voyeur pour moi ne sachant pas s’il s’agissait de la réalité ou non. En fait, j’ai eu dès le départ une impression d’ambiguïté qui m’a dérangée plus que la scène en elle-même.

Pour autant, il s’agit d’un évènement qui arrive très tôt dans le livre et qui n’empêche en rien d’apprécier la plume délicate et franche de l’auteur. Une sensibilité toujours appréciée dans de sublimes phrases.

Lettre à Ma Mère – Georges SIMENON

Le Thème.

Relation Maternelle.

Une Citation.

Nous sommes deux, mère, à nous regarder; tu m’as mis au monde, je suis sorti de ton ventre, tu m’as donné mon premier lait et pourtant je ne te connais pas plus que tu ne me connais. (…) Pourtant, crois-le, c’est pour effacer les idées fausses que j’ai pu me faire sur toi, pour pénétrer la vérité de ton être et pour t’aimer, que je t’observe, que je rassemble des bribes de souvenirs et que je réfléchis.

L’histoire en quelques mots.

Henriette, la mère de Georges Simenon, est sur le point de mourir. Le romancier quitte alors sa blouse et devient un homme, un fils face à la mort de sa mère.

Ce que j’en ai pensé.

Ce texte recèle une beauté et une tendresse inouïes. Il y a peu, j’ai répondu au Liebster Award Tag, et dans une des questions, on parlait de l’auteur dont l’écriture me touche le plus. Georges Simenon vient de détrôner Jean-Louis Fournier…

Dans mon enfance, je crois que j’ai rayé la bande son de la K7 Vidéo du film Le Chat, réalisé à partir du roman éponyme de Georges Simenon. Je connaissais chaque moment, chaque réplique. Ce film m’a toujours bouleversé par sa justesse, son humanité, par sa noirceur aussi. Quand j’avais 7-8 ans, c’était pour le Chat lui-même. Je pense l’avoir regardé une bonne vingtaine de fois par la suite puis j’ai acheté le DVD dès que ce fut l’époque et je l’ai regardé encore. Je suis fascinée par l’interprétation de Jean Gabin et Simone Signoret. Je ne les vois plus que par ces rôles-là.

Vous allez vous dire que je dévie de ma critique mais après avoir lu Lettre à ma mère, je me trouve dans le même état. Je ressens cette ambiance-là une nouvelle fois, je sens cette écriture intime et douce. J’ai compris que Gabin et Signoret ont sublimé et rendu justice à cette plume que je ne connaissais pas encore. Simenon était uniquement un nom. Ce livre m’a offert plus que ça.

Je ne saurais quoi dire de plus mis à part : 1) Choisissez l’édition du Livre de Poche, augmentée par des dictées post-Ecriture de la Lettre qui donnent une très belle dimension à l’ensemble. 2) Lisez-le. Je ne dis pas que l’on peut s’y reconnaître puisque moi-même, je n’ai pas cette relation avec ma mère. Je crois que ce livre va au-delà de ça. Il aborde le  pardon, la compréhension de cette Mère, si proche et parfois si étrangère. Il parle de cet Amour que l’on ne connaîtra qu’une fois. Il parle de l’humilité et du combat d’une vie. Il parle de beaucoup de choses sensibles. Il est authentique.

Ce devait être une lecture de transition, c’est beaucoup plus que cela…

La Septième Fonction du Langage – Laurent BINET

Le Thème.

Le pouvoir des Mots.

Une Citation.

La vieille dit que c’est toute la beauté du véritable intellectuel : il n’a pas besoin de se vouloir révolutionnaire pour l’être. Il n’a pas besoin d’aimer ni même de connaître le peuple pour le servir. Il est naturellement, nécessairement communiste. 

L’histoire en quelques mots.

Roland Barthes, grand sémiologue, a un accident avec une camionnette à la sortie de son déjeuner avec un François Mitterand en passe de remporter les prochaines élections. Accident ou assassinat ? Le Commissaire Bayard et le maître de conférence linguiste Simon Herzog enquête dans le milieu intellectuel des années 1970-80.

Ce que j’en ai pensé.

Ayant déjà lu HHhH du même auteur, j’ai grandement apprécié de retrouver le style de Laurent Binet, la qualité de son écriture fluide, enthousiaste, drôle, parfois sarcastique mais toujours intelligente. J’ai parfaitement ressenti sa frénésie, sa culture et le produit de recherches que l’on sent passionnées. Il vous embarque avec lui et certaines pages se tournent sans que vous ne vous en rendiez compte. Laurent Binet donne sacrément envie de le voir travailler à un livre, d’en discuter avec lui, de le rencontrer. Il est généreux en informations et en idées. Un vrai plaisir.

Dans ce nouveau livre, vous serez peut-être saisi par des moments de flottements, croulerez sous des montagnes d’allusions où vous sentez qu’un signe imperceptible vient de vous être envoyé, et pourtant vous n’arrivez pas à saisir toute la subtilité par manque de quelque chose : de culture, de lecture, d’intérêt pour la sémiologie, d’années au compteur, de mémoire des personnes mentionnées soit de confrontation au réel. Certains noms me parlent trop vaguement, d’autres non. Vous lisez et relisez les passages, parfois ça passe mieux. Parfois, non. Cela dit, ce qui me rassure tout au long, c’est que je suis accompagnée par le flic Bayard qui ne comprend pas plus de trucs que moi et son acolyte Herzog qui vulgarise certaines notions. Cette dimension humaine et cette mise en scène comique détend un peu cette lecture riche. Par contre, il y a certains passages où l’italien non traduit s’enchaîne et bien que certains mots puissent être compris, la densité est telle que le rythme est cassé.

Un jeu entre réalité et fiction qui fait sourire, qui intrigue avec des personnages que l’on découvre, d’autres que l’on apprend à connaître tout en se posant la question sur la part de vrai et de faux.

Des souvenirs de rediffusion agréables à lire comme la confrontation Balavoine/Miterrand à la télé où l’Artiste s’insurge du temps de parole accordé. Mention qui m’a amené à visionner une nouvelle fois cet extrait et qui nous fait réaliser qu’il y a des problématiques similaires, que le pouvoir des mots est toujours là dans le camp du pouvoir et peu utilisé avec l’intention d’être bienveillant avec son prochain…

Parce que parlons-en, ce livre aborde la disparition d’un document de la plus haute importance. Ce dernier aborderait la septième fonction du langage qui permettrait à celui qui en prend connaissance et acquiert la maîtrise, de prendre le contrôle de son interlocuteur. Et par extension, de tout le monde… Ainsi, Intellectuels et Politiques s’affrontent. Les uns pour la Beauté et la Maîtrise du Verbe. Les autres pour asseoir leur Domination, leur Pouvoir sur autrui.

Et au milieu d’eux, Nous, Lecteurs devenus les marionnettes de Laurent Binet qui a l’air de bien s’amuser à nous balader, à nous titiller, nous faire questionner sur des tas de sujets. Un livre fort intéressant auquel il faut s’accrocher et qu’il faudra peut-être relire plus tard…

Otages Intimes – Jeanne BENAMEUR

Le Thème.

Ressusciter.

Une Citation.

Il a besoin d’un lieu que son corps n’a jamais occupé, comme si ce corps nouveau qui est le sien ne pouvait plus s’arrimer aux anciens repères.

(…)

Il a besoin du silence des mots écrits. L’évidence, elle est là. Il a besoin des mots. Lui qui a rapporté tant d’images qui laissent sans voix il lui faut des mots. Pour tenter de comprendre. Il a besoin de retrouver le sens à sa racine. 

L’histoire en quelques mots.

Etienne était Otage de terroristes. Il revient dans son village d’enfance pour se ressourcer, se retrouver… Mais peut-il réellement revenir à la vie auprès d’Otages d’un autre genre ?

Ce que j’en ai pensé.

Otages dès les premières lignes, nous le sommes comme Etienne. Etouffés et retenus par un style haché qu’il faudra réussir à appréhender. La narration m’a semblé irrégulière avec des passages fluides, d’autres sont plus difficiles et font perdre parfois le fil… Avec le recul, je me demande si ce n’est pas là le reflet du cheminement de toute personne au cours de sa vie finalement? N’y a-t-il pas des moments d’errance et d’autres plus éclairés? Lesquels sont les plus justes? Tous les deux sont nécessaires et il faut laisser leur place aux moments de doute. Ils nous permettront de percevoir notre évolution, les doutes d’aujourd’hui seront des certitudes demain. Au fil du livre et des personnages qui trouvent leurs vérités, le style devient plus fluide. Les descriptions sont sublimes, qu’elles concernent les ambiances, les espaces ou les vides… Ce livre regorge de tournures et citations poignantes que je ne saurais choisir la plus importante pour moi… Voici pour la forme.

Intimes avec des personnages qui révèlent leurs secrets au fur et à mesure et auxquels je pensais ne pas m’attacher mais ce fut beaucoup plus subtil. J’ai été énormément touchée par l’ensemble des cheminements intérieurs, les peurs, les faiblesses, leurs réflexions personnelles et leurs échanges. Leurs liens sont faciles à établir et à suivre. Ce qui les unit et les sépare également. Pourquoi certaines personnes s’isolent du monde et d’autre s’y confrontent violemment? Vous deux vous avez choisi de tremper dans le chaos du monde. Enzo et moi on a choisi la paix. Ni militants ni combattants, engagés dans rien. Juste des gens dans un village, qui vivent. Je ne suis pas une combattante mais je fais ce que je peux pour que la beauté arrive au monde. Alors je le fais et du mieux que je peux. (…) Pourquoi mais pourquoi faut-il que tu retournes à toute cette horreur ? Vivre ne te suffira donc jamais ?

Ma dernière lecture 2015 se résume par terrible, profonde, dramatique, qui prend aux tripes. Comme Jeanne l’écrit, Des émotions de jeune fille dans le coeur d’une vieille dame, c’est un corset trop serré.  Ce n’est pas sans peine que je referme le livre. Je tourne la dernière page et je suis déçue de le quitter avec un sentiment aussi noir. Qu’est ce que l’humanité? Peut on encore avoir de l’espoir après ce livre? Il est tragique. Il est bouleversant et mon coeur se serre. Et je pense à cette phrase : Cette nuit, Etienne cesse de combattre. Les mots qui sont là, en lui, sont simples. Ce sont les mots d’un homme qui sait qu’il n’est rien sans les autres, tous les autres. 

C’est une très belle lecture qui a mis le temps pour s’installer et qui a une résonance particulière, même si son effet est encore difficile à mesurer dans le temps. C’est une lecture difficile et je ne sais combien de fois ce mot m’est apparu dans la chronique avant que je la corrige… Je mets un point d’honneur à vous le dire parce que cette chronique m’a coûté. Je reste sans voix et sans mots. Si bien qu’il me semble que c’est la première chronique où je cite tant de phrases. Et encore, je me régule…

Cependant, je préfère aussi vous le déconseiller si vous êtes dans une période sensible.

Les Hauts de Hurlevent – Emily BRONTË

Le Thème.

Une Passion Destructrice…

Une Citation.

Le monde entier est une terrible collection de témoignages qui me rappellent qu’elle a existé, et que je l’ai perdue! 

L’histoire en quelques mots.

Heathcliff, Enfant recueilli et rejeté, aimé et détesté. Heathcliff, en proie à une passion dévorante qui le mènera à détruire le destin de trois familles.

Ce que j’en ai pensé.

Un vrai Coup de coeur pour ce roman qui m’a surprise de bout en bout. Je ne m’attendais pas du tout à cette claque. J’avais acheté ce classique de la littérature anglaise aux éditions Point2 pour me « pousser » à la découverte en l’emportant partout avec moi. J’ai regardé des sujets sur le roman et là, révélation. Je n’ai pas fait attention au traducteur. J’ai cherché et trouvé un site qui comparait 4 traducteurs il me semble, sur un même passage. L’une d’elles m’a clairement plu pour son ambiance. C’était la traduction de Frédéric Delebecque… et j’ai eu le plaisir de voir que c’était celle que j’avais.

En m’arrêtant quelques instants sur la littérature anglaise, c’était mon premier et je suis subjuguée par sa puissance. J’ai adoré le style d’Emily Brontë, les tournures, les différentes narrations et les émotions qui transparaissent derrière chaque mot si bien que je crains la déception pour Jane Austen ou d’autres soeurs Brontë.

J’ai complètement plongé dans l’écriture que j’ai trouvé très abordable, fluide et pas du tout représentative de ce que j’imaginais pour la littérature anglaise puisque je n’ai justement pas trouvé de côté vieillot.J’ai complètement accroché aux narrateurs que ce soit Hélène/Nelly ou Lockwood. C’était un pur plaisir de les écouter et les imaginer. J’ai aimé leurs partis pris, leurs façons d’interpréter et de s’immiscer dans les évènements. Y compris la particularité de Joseph même si je devais m’y prendre à deux fois pour le comprendre, c’était avec le sourire. J’ai trouvé les envolées lyriques très belles et savouré les descriptions qui m’ont plongé dans un instant présent, très facile à se représenter. J’ai adoré l’ambiance sombre, glauque. Les troubles qui agitent cette famille, leurs tourments… Ce huis-clos est absolument superbe, il ne donne pas envie d’en sortir par la beauté des paysages, le mystère qui entoure les lieux, les histoires. Et puis, je me répète mais je ne souhaitais qu’une chose, retrouver Heathcliff. Je ne pouvais/voulais donc pas m’échapper ! Je me rends vraiment compte à chaque fois que j’écris que c’est plus qu’un coup de coeur pour cet Homme.

J’aime Heathcliff, et mon Coup de Coeur pour ce livre vient particulièrement de sa présence. Je l’ai aimé Enfant, Adulte, Vieillard. Je l’ai aimé Amoureux, Pouilleux, Classe, Vengeur, Sombre, Hanté, Torturé, Manipulateur et Pervers. Par contre, il y a une chose que je n’ai pas aimé : son Absence dans certains passages! donsmofb (37)  (Ce qui fait qu’elle me poussait à continuer pour le retrouver… Et à ralentir ma lecture pour ne pas le quitter.) J’ai aimé toute sa psychologie, tous ses tourments, tout son personnage. Je l’ai trouvé profondément sincère et touchant dans son amour pour Catherine (La réciproque étant fausse pour moi) J’ai été remarquablement retournée par sa présence, son emprise, par le fait qu’il arrive à faire pendre le chien d’Isabelle par elle-même. Et puis son attraction qui fait que même si elle le déteste, elle le sauve. Il est puissamment fort et attractif. Et… Je n’ai pas supporté de savoir qu’il allait mourir sur la fin, mais le savoir errant, heureux et amoureux me ravit. Il est là quelque part.  

Et une Merveilleuse lecture pour moi en cette année 2015.

La Disparition de Philip S. – Ulrike EDSCHMID

Le Thème.

Le Terrorisme, ennemi de l’Amour.

Une Citation.

Je ne pouvais pas alors imaginer que là, sur cette terrasse ensoleillée, en silence et en secret, il avait déjà commencer à s’éloigner, se détachant d’abord des objets, avant d’apprendre à quitter aussi les personnes.

L’histoire en quelques mots.

Hors du temps, une histoire d’amour voit le jour entre deux êtres sensibles : Ulrike, mère célibataire et Philip. La réalité les rattrape malgré eux : le pays traverse alors une période sombre où la violence sociale règne… Nous sommes en Allemagne, à la fin des années 1960 et c’est le début des Années de Plomb.

Ce que j’en ai pensé.

De courts chapitres 3 pages et 1/2 environ, voilà ce qui fera a priori, un roman entraînant et facile à lire.
C’était sans compter son sujet passionnant.

Dès le début, vous entrez dans le vif du sujet avec la mort suite à une fusillade. Sur le sol, gisent des corps. Tracée sur le pavé, une ligne de craie blanche isole déjà son corps du monde des vivants. Les mots sont posés. Elégants, froids et distants aussi.

Si Philip est mort, il n’en est pas pour autant absent du récit. Hormis le titre bien sûr, il est , entre chaque mot. Ulrike partage les moindres détails. Elle nous peint le portrait d’un jeune homme généreux, méticuleux, soigneux, artiste aussi. Brimé dans sa famille par rapport à ses ambitions, il n’y a aucune place pour l’émotion dans sa famille, ni pour l’art. Lui, l’homme des images, ne possède aucune photo de son passé, aucun portrait de lui enfant ou adolescent. Un vide émotionnel qui semble contaminer le récit. En effet, le style est déroutant, découpé, haché et dénué de chaleur humaine. Un doute me saisit. Est-ce vraiment une histoire vraie? Comment peut-elle être aussi détachée de l’homme qu’elle dit avoir aimé ?

La lecture se poursuit entre apports culturels et historiques intéressants. Je me vois noter des passages pour poursuivre mes recherches par la suite. Philip est un homme qui a appartenu à l’Académie du Film dans le Berlin-Ouest. Il recherchait l’esthétique, une expérimentation dans les films plus qu’un outil de propagande. Son absence d’intérêt pour la politique est notable. De nouvelles habitudes puis des détails sont disséminés ici et là, toujours de façon méticuleuse dans la vie de Philip et le quotidien du couple.

Un évènement surgit. C’est l’escalade dans leur vie comme dans le récit, tout s’affole. Si tout leur échappe, Ulrike nous embarque sans problème dans leur course effrénée. L’acharnement de la police, la manipulation des autres qui empruntent des affaires pour réaliser des actes illégaux et en font des pièces à conviction, les actes de révolte, les relations qui changent… Et au centre, leur couple perdure et s’unit dans cette spirale infernale : ils sont tous deux traqués, emprisonnés.

Soudain seule, dans sa geôle, nous sentons la peine d’Ulrike, l’envie de retrouver son enfant. L’isolement fait son travail. Ce repli sur soi face à la radicalisation de son compagnon divise le récit et le couple. A leur sortie, Ulrike assiste à sa disparition dans la douleur et la souffrance. Elle est dans l’incapacité de le retenir : il a choisi de partir et rien ne semble l’arrêter, même pas cet enfant qu’il aimait et éduquait comme le sien. Il orchestre ainsi scrupuleusement leur séparation. Doucement, il efface sa présence, son passé, sa vie, leur relation…

La froideur apparente de la contextualisation du début n’est plus qu’un souvenir car les émotions sont bien vives, même 40 ans après. Les questions de son « étonnant » détachement trouvent leurs réponses au fur et à mesure. Jusqu’à la couverture du livre elle-même, qui prend tout son sens au fil du récit.

Aussi, lorsque je débutais cette chronique en écrivant qu’il était a priori facile à lire, à présent que vous avez lu ma chronique, je dirais donc qu’il est facile à décrypter certes, mais il ne faut pas y voir un synonyme de légèreté : il est puissant et laisse un sacré souvenir.

Ce roman de la souffrance de l’entourage des terroristes nous offre une très belle intensité.

Je remercie énormément les Editions Piranha de m’avoir fait parvenir ce roman qui est une très, très belle surprise…

 

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Le Corps et l’Argent – Ruwen OGIEN

Thème

Donner de soi…

Une citation

Selon cette tradition, le don un bien car il est altruiste, et l’échange contre de l’argent un mal car il est le don est un bien car il enrichit les relations humaines, et l’échange contre de l’argent un mal car elle les appauvrit. Mais cette vision binaire est contestable et de plus en plus contestée Il y a des cas où le don n’est pas un bien (certaines formes de charité par exemple) et d’autres où l’échange contre de l’argent n’est pas un mal (le versement d’un salaire plutôt qu’un paiement en nature par exemple)

Le Livre en quelques mots

L’Argent, cette chose malfaisante et déshumanisante qui monnaie l’Âme, le Corps et ses attributs… Enfin, c’est ce qu’on veut parfois nous ancrer dans la tête. Dans cet ouvrage, Ruwen OGIEN nous guide sur d’autres pistes de réflexion…

Ce que j’en ai pensé.

Deux impressions persistent sur ce livre, et correspondent aux deux parties de l’analyse de Ruwen OGIEN.

La première prépondérante pose les mots du débat, leurs définitions et implications philosophiques, psychologiques et sociales. Ruwen nous éclaire sur les notions de propriété de soi-même,  de libre-disposition de soi et sur l’utilité sociale. Il aborde également les subtilités entre métier légal, illégal et les non-métiers… Toutes ces explications servent à acquérir des bases communes avant d’embarquer dans son analyse même s’il préfère « choisir une méthode plus pragmatique, moins prisonnière de l’idée qu’il est nécessaire de trouver des fondements à nos idées morales pour les justifier. C’est bien ce que je compte faire. Je partirai du constat que la liberté de donner quelque chose de son propre corps est très largement acceptée, pour toutes sortes de bonnes raisons morales et non morales. Et je me demanderai si ces mêmes raisons ne pourraient pas servir à justifier également le droit d’échanger quelque chose de son propre corps contre un paiement.  » (P.17)

A partir de là, on apprend beaucoup grâce à la richesse des références, des notes et commentaires au coeur de l’écrit ainsi que dans les notes de bas de page. Au niveau historique par exemple, il fut un temps où les professeurs n’avaient pas le droit d’être payés pour leur activité, car le savoir était divin et ils ne pouvaient jouir d’un salaire. Ou bien le fait que les chanteurs d’opéra étaient appréciés lorsqu’ils chantaient gratuitement, sinon ils se trouvaient traités de … putain.  Nous en apprenons également d’un point de vue législatif, à savoir que la prostitution serait avant tout un problème de voirie (P.25). Ruwen expose des témoignages avec toute la part de subjectivité que cela comporte, et des faits pour ne pas nier ses aspect tout en marquant le peu d’intérêt dans un débat. (P.29) Le philosophe élabore ses théories et expose ses idées avec des allusions à des commentaires qu’ils lui sont faits. J’ai particulièrement apprécié qu’il avoue ne pas avoir pensé à tel aspect ou reconnaisse la pertinence de certains arguments qui lui sont opposés tout en précisant qu’ils ne pouvaient le développer à cet instant. J’ai trouvé cette démarche très humble en fait.

En poursuivant le débat, il aborde des idées plus pragmatiques : Si l’on reconnaît le métier de Travailleur du sexe, quel diplôme, quelle qualification? Un chômeur pourra-t-il perdre son droit s’il refuse d’exercer cette profession? Et l’argent finalement, a-t-il sa place dans les relations sexuelles? Ne sera-t-il pas responsable d’une modification des rapports intimes?

Ruwen OGIEN décortique également certains mots qui définissent déjà les limites du débat : La Marchandisation, par exemple. Galvaudé, ce mot n’empêche-t-il pas une ouverture du débat? Ne limite-t-il pas la discussion à la pensée de celui qui a créé le mot, à savoir Kant ? D’ailleurs, un point sur lequel j’ai particulièrement accroché : la référence à 1984 de Georges Orwell avec les mots et leur pouvoir de conditionner un débat, un état d’esprit, un mode de pensée…

Toute cette partie est très intéressante, même si certaines phrases doivent être lues plus d’une fois pour en comprendre le sens et l’essence. Ceci est moins évident dans la seconde partie, où la réflexion semble être en marche, entraînant par la même occasion des tournures plus ardues à suivre.

Celle-ci aborde le don d’organes, et cette « marchandisation » avec des arguments très intéressants.

En voici un. Ruwen OGIEN n’assimile pas le don d’organe à une relation sexuelle, mais fait réfléchir sur l’impact de l’argent dans une relation. Les interactions entre ces deux sujets touchant au corps sont enrichissants. Un don d’organe n’entraîne pas d’échange d’argent, il serait donc plus « noble ». Pour autant, est-il réellement plus altruiste que le souhait de procurer du bien-être à travers une relation sexuelle tarifée? Imaginons la situation de la seule personne compatible avec le malade. Cette personne-là se retrouve entre atteindre son intégrité, accepter de se mettre en situation inconfortable en devenant malade, et vivre avec l’idée qu’il décide de la vie ou de la mort d’un proche… L’argent n’entre pas en ligne de compte, pour autant le choix d’accepter de donner est-il plus sain, plus évident, plus moral, plus sincère ? N’est ce pas le poids de la culpabilité qui fait pencher la balance ? Peut-on reprocher à une personne de ne pas vouloir donner son rein ou autre? La relation affective n’est-elle pas plus emprisonnante qu’un lien établi et défini par une transaction qui s’achève suite à un contrat équitable ?

Les réflexions sont assez intéressantes, mais souffrent de multiples redondances. Peut-être que ma formation professionnelle où j’ai abordé le don d’organes (et ses enjeux), favorise ce sentiment ? J’avoue ne pas savoir faire la différence… Cet aspect a d’ailleurs entraîné une petite panne de lecture dans le genre Essai, mais il me pousse à poursuivre avec Prostitution et Dignité de Norbert CAMPAGNA, que je vous présenterais bientôt et que Ruwen cite beaucoup par ailleurs. Il est également à noter que ce livre reste un bon complément à ma lecture précédente : La Putain et le Sociologue d’Albertine et Daniel WELZER-LANG.

Je remercie les Editions de la Musardine et le forum Au coeur de l’Imaginarium pour ce partenariat qui me laisse une impression positive par le nombre de réflexions mobilisantes qu’il a amené.