Les Hauts de Hurlevent – Emily BRONTË

Le Thème.

Une Passion Destructrice…

Une Citation.

Le monde entier est une terrible collection de témoignages qui me rappellent qu’elle a existé, et que je l’ai perdue! 

L’histoire en quelques mots.

Heathcliff, Enfant recueilli et rejeté, aimé et détesté. Heathcliff, en proie à une passion dévorante qui le mènera à détruire le destin de trois familles.

Ce que j’en ai pensé.

Un vrai Coup de coeur pour ce roman qui m’a surprise de bout en bout. Je ne m’attendais pas du tout à cette claque. J’avais acheté ce classique de la littérature anglaise aux éditions Point2 pour me « pousser » à la découverte en l’emportant partout avec moi. J’ai regardé des sujets sur le roman et là, révélation. Je n’ai pas fait attention au traducteur. J’ai cherché et trouvé un site qui comparait 4 traducteurs il me semble, sur un même passage. L’une d’elles m’a clairement plu pour son ambiance. C’était la traduction de Frédéric Delebecque… et j’ai eu le plaisir de voir que c’était celle que j’avais.

En m’arrêtant quelques instants sur la littérature anglaise, c’était mon premier et je suis subjuguée par sa puissance. J’ai adoré le style d’Emily Brontë, les tournures, les différentes narrations et les émotions qui transparaissent derrière chaque mot si bien que je crains la déception pour Jane Austen ou d’autres soeurs Brontë.

J’ai complètement plongé dans l’écriture que j’ai trouvé très abordable, fluide et pas du tout représentative de ce que j’imaginais pour la littérature anglaise puisque je n’ai justement pas trouvé de côté vieillot.J’ai complètement accroché aux narrateurs que ce soit Hélène/Nelly ou Lockwood. C’était un pur plaisir de les écouter et les imaginer. J’ai aimé leurs partis pris, leurs façons d’interpréter et de s’immiscer dans les évènements. Y compris la particularité de Joseph même si je devais m’y prendre à deux fois pour le comprendre, c’était avec le sourire. J’ai trouvé les envolées lyriques très belles et savouré les descriptions qui m’ont plongé dans un instant présent, très facile à se représenter. J’ai adoré l’ambiance sombre, glauque. Les troubles qui agitent cette famille, leurs tourments… Ce huis-clos est absolument superbe, il ne donne pas envie d’en sortir par la beauté des paysages, le mystère qui entoure les lieux, les histoires. Et puis, je me répète mais je ne souhaitais qu’une chose, retrouver Heathcliff. Je ne pouvais/voulais donc pas m’échapper ! Je me rends vraiment compte à chaque fois que j’écris que c’est plus qu’un coup de coeur pour cet Homme.

J’aime Heathcliff, et mon Coup de Coeur pour ce livre vient particulièrement de sa présence. Je l’ai aimé Enfant, Adulte, Vieillard. Je l’ai aimé Amoureux, Pouilleux, Classe, Vengeur, Sombre, Hanté, Torturé, Manipulateur et Pervers. Par contre, il y a une chose que je n’ai pas aimé : son Absence dans certains passages! donsmofb (37)  (Ce qui fait qu’elle me poussait à continuer pour le retrouver… Et à ralentir ma lecture pour ne pas le quitter.) J’ai aimé toute sa psychologie, tous ses tourments, tout son personnage. Je l’ai trouvé profondément sincère et touchant dans son amour pour Catherine (La réciproque étant fausse pour moi) J’ai été remarquablement retournée par sa présence, son emprise, par le fait qu’il arrive à faire pendre le chien d’Isabelle par elle-même. Et puis son attraction qui fait que même si elle le déteste, elle le sauve. Il est puissamment fort et attractif. Et… Je n’ai pas supporté de savoir qu’il allait mourir sur la fin, mais le savoir errant, heureux et amoureux me ravit. Il est là quelque part.  

Et une Merveilleuse lecture pour moi en cette année 2015.

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Le Jeu des Ombres – Louise ERDRICH

Le Thème.

Les violences intra-familiales.

Une Citation.

Pourquoi suis-je incapable de revenir aux sentiments que j’éprouvais au début? Tocade, soudaine attirance, sont en partie une fièvre superficielle, un manque de connaissance. Tomber amoureux, c’est aussi tomber dans l’état de connaissance. L’amour durable survient quand nous aimons la majeure partie de ce que nous apprenons sur l’autre, et sommes capable de tolérer les défauts qu’il ne peut changer.

L’histoire en quelques mots.

Irene, Gil et leurs trois enfants, Florian, Riel, Stoney ont un problème : les violences intra-familiales.

Ce que j’en ai pensé.

 Gil est peintre, Irène écrivain. Ils ont trois enfants. Irene a souvent servi de modèle à son mari. Trop souvent, sans doute. Irene tient son journal intime dans un agenda rouge. Lorsqu’elle découvre que Gil le lit, elle décide d’en rédiger un autre, un carnet bleu qu’elle met en lieu sûr et dans lequel elle livre sa vérité. Elle continue néanmoins à écrire dans l’agenda rouge, qui lui sert à manipuler son unique lecteur. Une guerre psychologique commence. En faisant alterner les journaux d’Irene et un récit à la troisième personne, Louise Erdrich témoigne, une fois de plus, d’une prodigieuse maîtrise narrative.

Un résumé plus que prometteur à mes yeux. Je m’attendais à une alternance des deux journaux intimes. Il n’en est rien. Cet aspect est sous-développé. Si l’agenda « public » est utilisé, le récit à la troisième personne est clairement préféré au carnet intime, brisant l’intérêt pour la construction du livre.

Soit, trouvons un autre intérêt. La culture amérindienne. Hormis le rapport aux représentations des Indiens qui entraîne une perte de vitalité, des références à Catlin et certaines anecdotes, on nous perd facilement entre toutes les filiations, les différents groupes. Une succession de mots qui ne mène à rien de plus.

Soit, trouvons un autre intérêt encore. Dès le début du livre, le thème des violences intra-familiales est abordée. Tout se met en place rapidement. Alcoolisme maternel, violences paternelles. Des enfants qui vont du petit génie hypersensible à l’autre qui se noie lui aussi dans l’alcool, en passant par la fille intelligente et combative, tout y est. Les incohérences aussi. Irene sait que Gil lit son journal intime, il en vient même à dire des phrases exactes et, elle ne réagit pas. Rien. Avant même que sa stratégie ne soit élaborée, elle reste de marbre et ne réagit pas. Le manque de réalisme dans certaines situations est cruel. Un autre point à noter : le brouillard sur les intentions. Quand certains récits vous entraînent dans une spirale élaborée avec une montée de tension, un suspense à couper le souffle, ici vous tournez tellement en rond que vous en devenez malade. Où l’auteur souhaite vous embarquer? Je ne cherche plus.

L’intérêt s’émousse d’autant plus que les dialogues n’ont pas de mise en forme propre et manquent de naturel, que l’on passe entre les écrits d’Irene, l’omniscient et les dialogues souvent sans transition, que les détails et les longueurs sont légion. Par contre, si vous ne savez pas dire/écrire/lire le mot Kitsch, vous aurez le loisir sur trois pages et 1/2 de le voir 21 fois. 21 fois. Même le comique de répétition ne fonctionne pas dans ce cas-là. Et lorsque Riel part dans ses rêveries apocalyptiques, cela mobilise 4 pages. Oui, au bout d’un moment, il n’y a plus que ça à faire, compter les pages.

Parlons-en de cette fin. L’histoire se répartir en six parties, extrêmement mal équilibrées. Lorsque les deux premières parties regorgent de longueurs qui n’apporte rien au récit, les quatre dernières parties ne dépassent pas les dix pages chacune. Bousculée et bâclée, j’y ai trouvé un seul avantage : que ce livre s’achève enfin. 

Si ce livre offrait de multiples pistes comme les violences intra-familiales, la dépendance amoureuse, les sentiments qui s’émoussent, les relations parent-enfant dans ce contexte, la culture amérindienne confrontée à de tels fléaux, la perte d’identité dans nos cultures occidentales, aucune n’a été suivie et exploitée, de façon subtile et engagée, sans tomber dans des clichés.

Personne – Gwenaëlle AUBRY

Le Thème.

La folie au quotidien

Une Citation.

Je ne pouvais m’empêcher de penser à lui, de songer, face à ce père seul dans un appartement avec son enfant, que cela, il l’avait fait pour nous aussi, qu’il lui avait bien fallu, quand nous le retrouvions pour un week-end ou des vacances, tenir en respect ses fantômes, ses délires pour accomplir les gestes qui bordent l’enfance, trouver, dans la sienne qui s’épuisait, l’énergie d’alimenter nos vies, vulnérables e voraces, préserver, dans le chaos où il était, un îlot d’ordre, dans le réel qui s’effritait, des horaires et des règles (nous donner des bains dans la baignoire où, le reste de la semaine, il lavait ensemble ses chemises et son chien, nous préparer à dîner, tracer sur nos fronts, le soir, au coucher, les signes magiques qui nous protégeaient) — « Je n’ai connu de bonheur permanent que celui qui vient de l’existence de nos enfants, tout le reste me semblant précaire, fragile, menacé ».

L’histoire en quelques mots.

En autant de lettres que l’alphabet comporte, Gwenaëlle Aubry nous livre 26 portraits de son père, jadis « fou », aujourd’hui décédé. Ce mot « fou » qui recèle tant de peurs pour l’extérieur, révèlera des moments d’effroi, de colère, de culpabilité et de tristesse. Il retiendra aussi des moments de tendresse, de complicité, de liens invisibles incroyables.

Ce que j’en ai pensé.

Dès les premiers instants, une phrase annonce la teneur du livre. Sous la plume de Gwenaëlle, la folie règne : Il dit ce que c’est de porter en soi une telle armée, d’être pour soi-même une terre fourmillante et désertée, de ne trouver à l’intérieur de soi que l’enfer des êtres extérieurs à soi. Il dit, pire que la douleur, que l’éternel enfer l’explosion de son véritable moi. Et pourtant, il y a bien d’autres choses : des portraits historiques palpitants d’ancêtres homonymes, des secrets et des coïncidences, des rencontres hasardeuses ou non…

Entremêlés aux souvenirs de la jeune femme, des passages écrits du père qu’il consignait dans des cahiers. Autant de confrontations. La folie vue par la petite fille, la folie vue par la famille à travers la petite fille, la folie vue par le fou lui-même avec ses moments de lucidité, ses moments de profond désespoir, parfois sa volonté de faire comme si, parfois sa volonté de ne plus être…

Il y a beaucoup de tendresse qui émane des mots, dans les descriptions d’ambiance, de lieux ou de sentiments. Il y a des passages qui mènent à la réflexion. La différence entre être et avoir. La place que l’on occupe dans le monde, cette absence d’originalité, de grain de folie. La conformité des gens et l’intolérance, l’abandon de ceux qui ne répondent pas correctement aux normes.

Ce livre remue beaucoup de choses, mais il y a une certaine inégalité entre les chapitres. Certains paragraphes sont fluides, emportés par une poésie certaine, quand d’autres accrochent nettement, comme s’il fallait faire cette lettre coûte que coûte. La volonté de respecter un alphabet y’a-t-il joué?  Un autre point qui a freiné ma lecture plus d’une fois : la ponctuation. J’ai souvent eu cette impression qu’elle était mal placée, que ce soit par rapport au sens de la phrase ou de la respiration même. Si cela n’était pas trop gênant dans la première partie puisque contrebalancé par des phrases intenses, les dernières lettres de l’alphabet offrant moins d’envolées lyriques, mettent en exergue les difficultés de lecture.

Si ces deux derniers aspects empêchent une appréciation globale plus enjouée, il n’en reste pas moins que je garderais en mémoire une pointe de nostalgie et beaucoup de tendresse pour la relation décrite.