Otages Intimes – Jeanne BENAMEUR

Le Thème.

Ressusciter.

Une Citation.

Il a besoin d’un lieu que son corps n’a jamais occupé, comme si ce corps nouveau qui est le sien ne pouvait plus s’arrimer aux anciens repères.

(…)

Il a besoin du silence des mots écrits. L’évidence, elle est là. Il a besoin des mots. Lui qui a rapporté tant d’images qui laissent sans voix il lui faut des mots. Pour tenter de comprendre. Il a besoin de retrouver le sens à sa racine. 

L’histoire en quelques mots.

Etienne était Otage de terroristes. Il revient dans son village d’enfance pour se ressourcer, se retrouver… Mais peut-il réellement revenir à la vie auprès d’Otages d’un autre genre ?

Ce que j’en ai pensé.

Otages dès les premières lignes, nous le sommes comme Etienne. Etouffés et retenus par un style haché qu’il faudra réussir à appréhender. La narration m’a semblé irrégulière avec des passages fluides, d’autres sont plus difficiles et font perdre parfois le fil… Avec le recul, je me demande si ce n’est pas là le reflet du cheminement de toute personne au cours de sa vie finalement? N’y a-t-il pas des moments d’errance et d’autres plus éclairés? Lesquels sont les plus justes? Tous les deux sont nécessaires et il faut laisser leur place aux moments de doute. Ils nous permettront de percevoir notre évolution, les doutes d’aujourd’hui seront des certitudes demain. Au fil du livre et des personnages qui trouvent leurs vérités, le style devient plus fluide. Les descriptions sont sublimes, qu’elles concernent les ambiances, les espaces ou les vides… Ce livre regorge de tournures et citations poignantes que je ne saurais choisir la plus importante pour moi… Voici pour la forme.

Intimes avec des personnages qui révèlent leurs secrets au fur et à mesure et auxquels je pensais ne pas m’attacher mais ce fut beaucoup plus subtil. J’ai été énormément touchée par l’ensemble des cheminements intérieurs, les peurs, les faiblesses, leurs réflexions personnelles et leurs échanges. Leurs liens sont faciles à établir et à suivre. Ce qui les unit et les sépare également. Pourquoi certaines personnes s’isolent du monde et d’autre s’y confrontent violemment? Vous deux vous avez choisi de tremper dans le chaos du monde. Enzo et moi on a choisi la paix. Ni militants ni combattants, engagés dans rien. Juste des gens dans un village, qui vivent. Je ne suis pas une combattante mais je fais ce que je peux pour que la beauté arrive au monde. Alors je le fais et du mieux que je peux. (…) Pourquoi mais pourquoi faut-il que tu retournes à toute cette horreur ? Vivre ne te suffira donc jamais ?

Ma dernière lecture 2015 se résume par terrible, profonde, dramatique, qui prend aux tripes. Comme Jeanne l’écrit, Des émotions de jeune fille dans le coeur d’une vieille dame, c’est un corset trop serré.  Ce n’est pas sans peine que je referme le livre. Je tourne la dernière page et je suis déçue de le quitter avec un sentiment aussi noir. Qu’est ce que l’humanité? Peut on encore avoir de l’espoir après ce livre? Il est tragique. Il est bouleversant et mon coeur se serre. Et je pense à cette phrase : Cette nuit, Etienne cesse de combattre. Les mots qui sont là, en lui, sont simples. Ce sont les mots d’un homme qui sait qu’il n’est rien sans les autres, tous les autres. 

C’est une très belle lecture qui a mis le temps pour s’installer et qui a une résonance particulière, même si son effet est encore difficile à mesurer dans le temps. C’est une lecture difficile et je ne sais combien de fois ce mot m’est apparu dans la chronique avant que je la corrige… Je mets un point d’honneur à vous le dire parce que cette chronique m’a coûté. Je reste sans voix et sans mots. Si bien qu’il me semble que c’est la première chronique où je cite tant de phrases. Et encore, je me régule…

Cependant, je préfère aussi vous le déconseiller si vous êtes dans une période sensible.

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La Disparition de Philip S. – Ulrike EDSCHMID

Le Thème.

Le Terrorisme, ennemi de l’Amour.

Une Citation.

Je ne pouvais pas alors imaginer que là, sur cette terrasse ensoleillée, en silence et en secret, il avait déjà commencer à s’éloigner, se détachant d’abord des objets, avant d’apprendre à quitter aussi les personnes.

L’histoire en quelques mots.

Hors du temps, une histoire d’amour voit le jour entre deux êtres sensibles : Ulrike, mère célibataire et Philip. La réalité les rattrape malgré eux : le pays traverse alors une période sombre où la violence sociale règne… Nous sommes en Allemagne, à la fin des années 1960 et c’est le début des Années de Plomb.

Ce que j’en ai pensé.

De courts chapitres 3 pages et 1/2 environ, voilà ce qui fera a priori, un roman entraînant et facile à lire.
C’était sans compter son sujet passionnant.

Dès le début, vous entrez dans le vif du sujet avec la mort suite à une fusillade. Sur le sol, gisent des corps. Tracée sur le pavé, une ligne de craie blanche isole déjà son corps du monde des vivants. Les mots sont posés. Elégants, froids et distants aussi.

Si Philip est mort, il n’en est pas pour autant absent du récit. Hormis le titre bien sûr, il est , entre chaque mot. Ulrike partage les moindres détails. Elle nous peint le portrait d’un jeune homme généreux, méticuleux, soigneux, artiste aussi. Brimé dans sa famille par rapport à ses ambitions, il n’y a aucune place pour l’émotion dans sa famille, ni pour l’art. Lui, l’homme des images, ne possède aucune photo de son passé, aucun portrait de lui enfant ou adolescent. Un vide émotionnel qui semble contaminer le récit. En effet, le style est déroutant, découpé, haché et dénué de chaleur humaine. Un doute me saisit. Est-ce vraiment une histoire vraie? Comment peut-elle être aussi détachée de l’homme qu’elle dit avoir aimé ?

La lecture se poursuit entre apports culturels et historiques intéressants. Je me vois noter des passages pour poursuivre mes recherches par la suite. Philip est un homme qui a appartenu à l’Académie du Film dans le Berlin-Ouest. Il recherchait l’esthétique, une expérimentation dans les films plus qu’un outil de propagande. Son absence d’intérêt pour la politique est notable. De nouvelles habitudes puis des détails sont disséminés ici et là, toujours de façon méticuleuse dans la vie de Philip et le quotidien du couple.

Un évènement surgit. C’est l’escalade dans leur vie comme dans le récit, tout s’affole. Si tout leur échappe, Ulrike nous embarque sans problème dans leur course effrénée. L’acharnement de la police, la manipulation des autres qui empruntent des affaires pour réaliser des actes illégaux et en font des pièces à conviction, les actes de révolte, les relations qui changent… Et au centre, leur couple perdure et s’unit dans cette spirale infernale : ils sont tous deux traqués, emprisonnés.

Soudain seule, dans sa geôle, nous sentons la peine d’Ulrike, l’envie de retrouver son enfant. L’isolement fait son travail. Ce repli sur soi face à la radicalisation de son compagnon divise le récit et le couple. A leur sortie, Ulrike assiste à sa disparition dans la douleur et la souffrance. Elle est dans l’incapacité de le retenir : il a choisi de partir et rien ne semble l’arrêter, même pas cet enfant qu’il aimait et éduquait comme le sien. Il orchestre ainsi scrupuleusement leur séparation. Doucement, il efface sa présence, son passé, sa vie, leur relation…

La froideur apparente de la contextualisation du début n’est plus qu’un souvenir car les émotions sont bien vives, même 40 ans après. Les questions de son « étonnant » détachement trouvent leurs réponses au fur et à mesure. Jusqu’à la couverture du livre elle-même, qui prend tout son sens au fil du récit.

Aussi, lorsque je débutais cette chronique en écrivant qu’il était a priori facile à lire, à présent que vous avez lu ma chronique, je dirais donc qu’il est facile à décrypter certes, mais il ne faut pas y voir un synonyme de légèreté : il est puissant et laisse un sacré souvenir.

Ce roman de la souffrance de l’entourage des terroristes nous offre une très belle intensité.

Je remercie énormément les Editions Piranha de m’avoir fait parvenir ce roman qui est une très, très belle surprise…

 

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Amour et Eternité – CKSCHMITT

Le Thème.

Deuil d’un amour.

Une Citation.

Il y a différentes façon de crier. Le cri muet que l’on tente de faire jaillir de nos entrailles lorsque le cauchemar est trop horrible. Le cri strident que l’on jette par la surprise ou la peur instinctive. Enfin, le cri latent, presque sourd qui reste accroché aux tripes longtemps, comme un discours d’agonie.

L’histoire en quelques mots.

Une histoire d’amour où la Passion transparaît à chaque phrase. Epistolaire et sacrée au début, elle en deviendra charnelle…

Ce que j’en ai pensé.

C’est avec plaisir que j’ai postulé pour ce partenariat ayant déjà lu Le Grand Ecart du même auteur. Je connaissais son écriture et son attache à créer, avec un enchaînement de textes apparemment non liés, une histoire de fond. Ce que j’ai retrouvé ici.

L’alternance des narrateurs nous entraîne dans les pensées des deux amants donnant ainsi du rythme, entre un romantisme féminin et une vision de l’homme plus virile, quoiqu’un peu cliché. Pour autant, il m’a fallu un petit laps de temps pour comprendre le jeu des deux narrateurs parce que l’auteur entretient ce flou en n’identifiant pas réellement les personnages. Dans la même veine, malgré une beauté certaine et un côté vaporeux, insaisissable, les phrases appellent une deuxième lecture pour en saisir l’objet et cela ralentit forcément l’avancée. Dans mes lectures, j’apprécie la poésie mais j’aime aussi saisir un sens de façon quasi-instantanée ce que je lis , quitte à trouver un sens plus profond lors d’une seconde lecture. Or là, je devais relire pour comprendre le sens premier.

Par contre, avec l’évolution de l’histoire d’amour, le style s’affermit, se précise et devient plus fluide. Les narrateurs prennent corps, prennent vie (même quand ils la perdent). Ils se matérialisent enfin sous nos yeux. L’aérien et l’abstrait dans le texte le Souffle d’air, (Dont le champ lexical pour un parallèle entre la météo dévastatrice et des sentiments tout aussi destructeurs est délicieux) sont délaissés pour des sensations et du concret au moyen d’un objet : le Cahier Vert qui scelle la mort, et la Passion par la même occasion. A partir de là, les mots sonnent justes et les phrases sont saisissantes dès la première lecture. Ce qui rend la puissance des sentiments plus forts encore.

La plus belle fin pour une histoire d’amour, c’est un accident, et c’est à l’Eternité d’en prendre un coup : les narrateurs sont bousculés dans leurs espoirs avec la mort de l’un des deux. Leur amour est éternel mais pas de la façon qu’ils souhaitaient. Le texte prend une nouvelle tournure. Plus terrienne, plus concrète, plus désespérée aussi mais toujours poétique. La tristesse est palpable, et le retour dans la vie se fait subtilement. A ce titre, le passage sur la leçon de krav-maga peut sembler terre-à-terre si on la lit simplement mais regorge de sens philosophique sur le fait d’appréhender la vie, de se relever et de se battre. Ce qui pour moi, laisse une note plutôt positive du recueil.

Je dis plutôt positive car une question subsiste : Quel est l’intérêt de « L’école de la mauvaise vie« ? En dehors de l’histoire aisée à comprendre, sa place dans le recueil est plus floue. Je suppose qu’il s’agit de Viktor qui parle et le recueil souhaite montrer de quelle façon l’amour a pu le sauver du mauvais engrenage. Pour autant, mon interprétation semble tellement approximative que finalement, ce flou plane sur le texte et confirme son éloignement du reste du recueil.

Je remercie le forum Au Coeur de l’Imaginarium et CKSchmitt pour cet intermède poétique…

Si peu d’endroits confortables – Fanny SALMERON

Le Thème.

La solitude rapproche, parfois …

Une Citation.

Je ne sais pas si deux solitudes s’annulent, je ne sais pas si elles se consolent. Je ne sais pas si au contraire elles ne forment pas un vide encore plus grand.

L’histoire en quelques mots.

Deux êtres, l’une abandonnée et l’autre perdu, sont en proie à une solitude mordante. Ils vont tenter de se réchauffer, et mettre un peu de couleur dans leur vie parisienne grisâtre.

Ce que j’en ai pensé.

Au fil des pages, le roman met en scène deux personnages qui sont seuls, ensemble. Hormis cet état de fait et une fin plutôt prévisible, les caractères sont esquissés, peu approfondis. A mes yeux, le travail sur la psychologie des personnages et leurs liens sont essentiels dans mes lectures. Cette superficialité me complique donc largement l’identification ou l’attachement à l’un des deux. Il y a néanmoins une certaine cohérence et régularité dans tout le livre.

Avec un style qui se veut poétique mais me laissant insensible, même si je reconnais que les phrases peuvent parfois être belles, l’auteur posent les mots mais il me manque la profondeur, l’authenticité, les émotions. Je ressens même une certaine exagération mélodramatique quant aux scènes parisiennes. Une impression d’images déjà décrites, de procédés déjà exploités.

Je suis rarement autant passée à côté d’un livre mais nos sensibilités sont toutes différentes !

Louis et Moi – NES

Le Thème.

L’oubli. L’oubli de quelqu’un qui meurt, l’oubli du Vieux de la gare, l’oubli de ceux qu’on ne voit pas, ou qu’on ne veut pas voir. L’oubli, cet assassin sournois.

NES - Louis et moi

Une Citation.

Pour être rayée des listes, il suffisait de ne plus exister aux yeux des autres.

L’histoire en quelques mots.

L’Histoire d’une jeune fille, dont le frère jumeau meurt dans un accident de moto alors qu’il la rejoignait.
L’Histoire d’une jeune fille, entourée par ses parents et ses ami(e)s Jocelyne, Rachel, Tristan et Anna.
Même si Anna n’est pas vraiment là, même si Tristan est lui aussi patient dans un hôpital psychiatrique. Oui parce que cette jeune fille, elle bascule dans un univers si loin du notre, qu’elle en perd les pédales.

Ce que j’en ai pensé.

Le compte à rebours est lancé, et ce n’est pas une figure de style que de dire ça comme ça… Cette histoire vous berce d’anecdotes sur le passé des jumeaux, avec une écriture enfantine, drôle et touchante. Vous percevez la complicité et la fusion de ces deux êtres… Inversement, vous arrivez à un point, où vous vous êtes tellement laissé emporter par la fluidité des phrases que vous sentez que vous plongez dans des eaux sombres, profondes. Vous sentez le drame arriver. La mort de Louis.

Et vous vivez ce deuil au fil des pérégrinations psychiques de la narratrice. « A vrai dire, je ne sais plus trop qui je suis. Je n’ai jamais appris à être « je » puisque nous étions « nous ». Il me manque quelque chose, il me manque une partie de moi, il me manque, tout court. » Sous le poids des regrets et remords, l’ambiance devient lourde mais pas longue. Vous ressentez ses émotions grâce à la plume pudique de NES. Elle a aussi le sens des tournures, tranchantes dans le vif, percutantes comme autant de coups de poing dans le ventre.

Pour la suite, vous allez au devant d’une révélation. Le deuxième drame concerne la folie dans laquelle sombre notre narratrice. On sait qu’elle débloque. On le sent. On en doute parfois, parce qu’on se dit qu’elle va s’en sortir. Mais la spirale descendante est toujours là, en fond. Et elle vous entraîne toujours..

Toute cette histoire est sombre, mais elle se révèle agréable à plusieurs reprises, avec quelques pincements au cœur. Il y a une justesse des mots, une profondeur. Sous la plume de NES, les mots sont loin d’être superficiels, mielleux, mièvres ou autre. Ils nous offrent une humanité à chaque petit moment, y compris lors des allusions discrètes sur la vie des personnages secondaires comme la passion commune de Papa et Tonton Henry.

Cependant, il y a deux-trois bémols. Des fautes de grammaire et de conjugaison. Une petite confusion possible au début liée à l’utilisation de Joyce comme surnom de Jocelyne sans le laisser entendre au départ. Et l’intervention d’un personnage dans un dialogue qui était pourtant absent en début de scènes.

Mis à part ça, c’est une belle lecture qui m’a tenu en haleine, et que j’avais du mal à abandonner ! Je remercie les Editions du Chemin Vert pour ce partenariat.

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Veuf – Jean-Louis FOURNIER

Le Thème.

Vivre un Deuil.

Une Citation.

Cette année, très peu m’ont souhaité bonne année ou bon Noël. C’est étrange, les gens n’osent pas parler de bonheur à celui qui vient d’avoir un grand malheur. Je ne comprends pas. C’est justement quand on a eu un grand malheur qu’on a besoin de voeux de bonheur, ceux qui sont déjà heureux n’en ont pas besoin. Quand vous êtes malheureux, on dirait que la société souhaite que vous le restiez. Définitivement.

L’histoire en quelques mots.

L’auteur a perdu sa femme prématurément. Ce livre est une déclaration d’amour à travers des phrases, des pensées, l’évocation de souvenirs tendres. Les mots se parent d’humour, de sourires, de tristesse et parfois, il y a ce vide qui prend ses aises.

Ce que j’en ai pensé.

Lu en une heure à peine, les courts chapitres filent à toute vitesse grâce à une plume fluide et vivante… Certains passages vous feront sourire, même rire, ou vous toucheront d’une toute autre manière, en fait, il y a peu de chances qu’il vous laisse totalement indifférent. Ce livre n’a pas la prétention de vous dire de profiter de la vie et des gens que vous aimez,  c’est juste une déclaration d’Amour d’un homme à celle qui fut sa compagne. Et il a ceci d’agréable qu’il ne met pas le lecteur dans une position de voyeur quant à leur relation.

Par ailleurs, si certains propos sont plus factuels qu’émotionnels, ils n’en sont pas moins dénués de sens. Ainsi, Jean-Louis Fournier dissémine des pensées très intéressantes sur l’approche de la mort par la société, la difficulté à trouver les mots, les lourds silences, l’isolement involontaire, les maladresses… En ce sens, il m’a fait penser à la BD Catharsis de Luz. Il n’y a pas de deuil pire qu’un autre, il y a juste autant de vécus de deuils qu’il y a d’humains…

Catharsis – LUZ

 

Le Thème.

Vivre un traumatisme.

LUZ - Catharsis

Une Citation.

Ils ne sont plus plantés dans la réalité, ils avancent. Comme toi, mon amour. Comme Nous. 

L’histoire en quelques mots.

Luz, dessinateur de Charlie, est arrivé en retard ce 7 janvier 2015. Faut-il pour autant le considérer comme un survivant ?

Ce que j’en ai pensé.

Cette bande dessinée trace le contour de ses émotions, noircit son vécu post-traumatique, cristallise ses angoisses, et finalement, le pousse vers d’autres lendemains…

La première lecture touche notre sensibilité de par l’impact de cet évènement. On parcourt les dessins, les uns après les autres. Epurés, vidés, ils transmettent des émotions à l’état brut, accompagnés de très peu de mots, très peu de couleurs. Cette BD ne nous permet pas d’être à sa place, cessons l’empathie exagérée mais Luz nous prête ses lunettes quelques instants. Et l’on peut alors percevoir un brin de SA réalité. La douleur de voir les gens reprendre le cours de leur vie quand nous vivons un Arrêt sur Images. Les idées qui se brouillent sans prévenir, nous emportent notamment dans Nancy et Lee… Le désespoir et l’attrait pour la Mort. Le fait aussi de subir les débordements émotionnels de parfaits inconnus, probablement sincères mais qui, se révèlent être pires que du sel sur une plaie…

Et même si cette BD partage aussi ce quotidien sous surveillance, lié à la situation de Charlie, elle reste pour moi, une belle interprétation de ce que l’on peut vivre lors d’un deuil. Simplement parce qu’il n’y a pas besoin d’un événement de grande ampleur pour qu’il soit douloureux, que vous puissiez vous sentir démuni et hors du temps, parce qu’un deuil éclabousse votre vie, vos habitudes, votre entourage, parce qu’un deuil n’est pas plus important qu’un autre et entraînera les mêmes étapes jusqu’à l’Acceptation. C’est une BD humaine qui s’achève mais qui continuera de résonner pour beaucoup.

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Je remercie Babelio et les Editions Futuropolis pour ce partenariat. Quant au site Sequencity, quoique l’offre paraît alléchante, la lecture est difficile de par l’absence d’adaptation à l’écran de l’ordinateur, ainsi que l’absence de zoom entraînant un effort intense pour lire les rares phrases.

Invitation pour la petite fille qui parle au vent – Sébastien FRITSCH

Le Thème.

Les Absents, toujours plus présents que ce que l’on pense…

FRITSCH, Sebastien - Invitation pour la petite fille qui parle au vent

Une Citation.

Bien souvent, lutter contre la misère c’est lutter contre ceux qui en souffrent. Comme si elle pouvait être contagieuse. Les orphelins, rejetés, choisissaient alors deux voies : la violence ou le repli sur soi.

L’histoire en quelques mots.

Thomas, médecin légiste, insuffle des élans de vie aux morts qui jalonnent sa vie, à travers de beaux mots poétiques… Jusqu’à en oublier son entourage. Ce roman leur donne à chacun, une place, un rôle non négligeable…

Ce que j’en ai pensé.

Hormis de rares passages où les descriptions sont répétitives (notamment sur le physique d’Alice), l’auteur conserve cette douce poésie, cette tendresse absolue ainsi que ces vérités cinglantes que j’avais apprécié dans un de ses précédents romans, Derrière toute chose exquise.

Vous ne saurez jamais vraiment où vous irez avec ce roman, entre les différentes décennies et différents lieux, mais vous irez… Vous émettrez des hypothèses, vous imaginerez des possibles de toute nature. L’auteur semble deviner vos pensées puisqu’il alimentera le suspense dans votre sens, pour finalement vous surprendre et rebondir. Et si parfois, de petites incompréhensions peuvent émerger ici et là, elles sont dissipées avec la lecture et la connaissance plus intime des personnages.
Servie par une poésie délicate, aussi bien dans l’instantané que dans la description d’un quotidien, les liens entre les personnages se tissent autour de secrets, de non-dits et d’absences.

Doux moment que cette lecture.

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Haute Fidélité – Nick HORNBY

Le Thème.

Se remettre d’une Séparation amoureuse

HORNBY, Nick - Haute Fidélité

Une Citation.

Tu devrais faire un peu plus qu’attendre que ta vie change en gardant toutes les possibilités ouvertes. Si tu pouvais, tu garderais les possibilités ouvertes toute ta vie. Et à mesure que tu crois garder les possibilités ouvertes, tu te les fermes une par une.

L’histoire en quelques mots.

Rob, 35 ans, disquaire dans une petite rue londonienne, vient de se faire larguer par Laura. Cela le renvoie à toutes ces histoires achevées, y compris celle du bac à sable. Quelque chose cloche chez lui, mais il ignore un peu les raisons.

Ce que j’en ai pensé.

Rob nous emporte dans son passé amoureux.

Il nous entraîne dans ses réflexions et dans son quotidien morne.
Nous emporte ou nous porte. Nous entraîne, ou nous traîne plutôt…
Même ses interpellations régulières, d’ailleurs un peu trop fréquentes, ne retiennent plus mon attention.

Le rythme est long.
Des références musicales en veux-tu, en voilà. Il enchaîne les listes à tout va avec ses deux acolytes. Un peu trop redondant à mon goût mais il faut peut-être tout ça pour prendre conscience que la maturation du personnage est sacrément lente… Un pas en avant, trois pas en arrière. Le livre s’accélère sur la fin, lorsqu’il reçoit un coup de fouet verbal. Mais n’est ce pas trop tard pour nous autres, Lecteurs?

Au final, il me reste quelques enchaînements sympathiques, des découvertes musicales et la Citation…

Je n’ai pas aimé, Je n’ai pas détesté.

Pas grand chose de plus en somme.

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Rose – Tatiana de ROSNAY

Le Thème.

Faire le Deuil de ses souvenirs, de sa Vie…

ROSNAY, Tatiana de - Rose

Une Citation.

D’ici une centaine d’années, quand les gens vivront dans un monde moderne que nul ne peut imaginer, pas même les plus aventureux des écrivains ou des peintres, pas même vous, mon amour, quand vous vous plaisiez à envisager l’avenir, les petites rues paisibles dessinant comme les allées d’un cloître autour de l’église seraient enfouies et oubliées, pour toujours. Personne ne se souviendra de la rue Childebert, de la rue d’Erfurth, la rue Sainte-Marthe. Personne ne se souviendra du Paris que nous aimions, vous et moi.

L’histoire en quelques mots.

Paris sous le Second Empire. Une vieille dame veuve écrit des lettres à son défunt mari. Elle y retrace sa vie puis leur vie, puis sa nouvelle vie depuis qu’il repose en paix. Dans quelques jours, leur maison va être détruite. Elle et les secrets qu’elle garde jalousement…

Ce que j’en ai pensé.

Cette histoire aurait pu être mielleuse, aurait pu être fade. Elle n’est rien de tout ça.

J’y lis le désespoir de Rose, parce que oui avec la lecture, ce n’est plus une simple vieille dame. C’est Rose. On la connaît avec ses douceurs, on peut lire dans ses rides, on peut écouter cette petite voix, on peut l’imaginer sans difficulté, Rose. Rose, elle nous fait vivre le drame qu’ont pu vivre plusieurs familles. L’expropriation pour construire les beaux quartiers de Paris. Quand leurs ruelles et leurs maisons familiales sont balayées/détruites, c’est leur histoire qui est balayée/détruite. Je ne sais dans quel ordre mettre les mots pour transmettre leur puissance, leur poids.

Si les paragraphes sont courts au début, ils s’allongent.
Si les faits sont survolés, ils deviennent plus profonds, plus intimes, plus intrigants aussi.

Ce livre de 250 pages vous entraîne subtilement sur une partie de l’Histoire que nous n’apprenons pas à l’école, que nous n’avons pas forcément conscience. Parce que dans chaque Révolution, dans chaque embellissement que l’on peut connaître, il y a des Destructions, des deuils… Certains renaissent des cendres, d’autres non.

Je ne sais pas s’il marque une vie mais il a eu cette discrétion touchante…

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